On entend parler subitement de la réforme de l’école. Cette annonce tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, alors qu’il y a quelques semaines ce n’était pas très important. En chute dans les sondages, notre président n’aurait-il pas voulu redorer son image en parlant d’un sujet qui plaît toujours à l’opinion publique ? Cette réforme est-elle réellement pensée en faveur des enfants ou pour caresser l’électorat dans le sens du poil ? Voici quelques pistes de réflexion pour montrer qu’il vaut mieux lui dire NON !

 

Une annonce trop rapide

 

Tout d’abord, imposer cette réforme dès 2013 ne donne pas assez de temps pour réfléchir avec les parents d’élèves et les enseignants aux meilleures solutions. Il aurait mieux valu, comme on l’entendait avant, envisager une réforme à partir de 2016 pour ne pas se précipiter et prendre des mesures inappropriées. Les déclarations allant dans ce sens ne sont malheureusement plus facilement accessibles ! Serait-ce de la censure déguisée ? En tout cas, cette précipitation semble indiquer que cette annonce est simplement pour leurrer l’électorat et lui donner l’impression que le gouvernement s’occupe des Français et tient ses promesses. En fait, la réforme des rythmes scolaires ne fait que reprendre les propositions de Luc Chatel qui s’appuyait sur un rapport de 2011 (voir http://www.lejdd.fr/Societe/Education/Actualite/Rythmes-scolaires-les-Francais-favorables-a-une-reforme-546506). Rien de nouveau de la part de Vincent Peillon donc, et rien de socialiste, mais on n’insiste pas dessus. Mieux vaut faire croire que c’est une trouvaille du nouveau gouvernement !

 

Des rythmes scolaires calqués sur un modèle allemand qui n’ a pas fait ses preuves ! En effet, il ne suffit pas de dire « travaillons le matin et jouons l’après-midi » pour que les élèves réalisent de meilleures performances. C’est loin d’être aussi simple, et aucune étude n’a montré qu’un modèle était mieux qu’un autre. Le modèle allemand qu’on cherche à nous imposer est adapté à leur société mais pas à la nôtre, d’où la nécessite de prendre le temps de la réflexion. De même, l’accompagnement scolaire, contrairement aux idées reçues, n’améliore pas les capacités d’apprentissafes des élèves ! (voirhttp://www.laligue.org/wp-content/uploads/2012/06/14.Bruno-Suchaut.pdf). Cette décision concernant les rythmes scolaires devient encore plus ridicule quand on sait que les Allemands envient notre modèle après avoir constaté l’échec du leur ! (voirhttp://www.lemonde.fr/europe/article/2010/05/25/rythmes-scolaires-quand-l-allemagne-vante-le-modele-francais_1362660_3214.html)

 

Des journées réellement plus courtes ?

 

Quand on parle d’alléger la journée, on pense surtout mettre moins de cours ! Mais pas faire rentrer les élèves plus tôt chez eux, bien au contraire ! En gros, quelques heures de cours le matin puis une longue pause déjeuner entre 12h et 14 h suivie d’activités artistiques, sportives ou culturelles. Tout cela paraît idéal, mais voilà : après avoir bien fatigué les enfants, on décide ensuite, pour ne pas les faire rentrer trop tôt chez eux, de leur mettre du soutien scolaire ! En quoi la journée est-elle raccourcie ou allégée ? Je trouve même qu’elle paraît bien plus fatigante ainsi ! Cependant, on insiste uniquement sur l’allègement des journées et sur l’aide aux devoirs : cela fait plaisir aussi bien aux enfants qu’aux parents qui ne voient donc pas que, dans l’ensemble, ils y sont perdants !

 

Une demi journée supplémentaire pour des charges plus lourdes

 

Le problème de la demi journée supplémentaire a dû faire grincer bien des dents : le mieux aurait été de la placer le samedi matin, ce qui respectait plus les rythmes biologiques des enfants mais les parents et enseignants préfèrent largement conserver un long week end (33% seulement sont favorables aux cours du samedi, voir :http://www.leprogres.fr/actualite/2012/08/23/rythmes-scolaires-etes-vous-favorable-aux-cours-le-samedi-matin). On voit bien une fois encore que cette mesure a été prise uniquement pour faire plaisir aux Français et non pour tenter d’améliorer les conditions de travail à l’école ! Pour les enfants, la coupure du mercredi est cruciale et leur permet réellement de se reposer pour une fin de semaine plus efficace. Si on les fait travailler en continue (ce n’est pas le mercredi après-midi qui va leur permettre de se reposer car ils font plein d’activités à ce moment), les cours du jeudi et du vendredi perdent de leur intérêt car les élèves sont moins réceptifs. L’apprentissage est donc moins facile !

 

Passons sur cette décision stupide et intéressons-nous aux conséquences de cette demi journée supplémentaire : pour les communes, cela signifie mettre en place du transport, de la cantine et de l’accueil une journée supplémentaire. Donc, payer du personnel un jour de plus, d’où des frais plus élevés. Ces charges seront alourdies par les activités à proposer l’après-midi, qui nécessite du personnel et du matériel/des locaux appropriés. Tout cela a un coût énorme que les communes ne pourront pas prendre à leur charge. La solution ? Augmenter les impôts locaux ! Quelle bonne nouvelle pour des familles qui arrivent de moins en moins à payer les factures !

 

Il ne faut pas croire non plus que cette réforme va créer des emplois. Les personnes chargées des activités seront prises dans les structures déjà existantes et comme il faut des intervenants qualifiés, on prendre uniquement ceux qui ont déjà un emploi similaire! En gros, on va permettre à des salariés déjà en activité de gagner un peu plus. Ce ne sont pas les chômeurs qui vont ainsi retrouver un emploi ! Plus grave encore, comme l’école veut se charger du soutien scolaire et ne plus donner de devoirs, on va faire perdre beaucoup d’argent aux personnes travaillant dans le soutien scolaire, essentiellement des étudiants qui arrivent ainsi péniblement à subvenir à leurs besoins. Les inégalités seront donc accrues. Les salariés d’Acadomia, Legendre et autre sont en danger, et cela représente pas mal de monde qui va faire gonfler les chiffres du chômage !

 

L’école doit-elle s’occuper de tout ?

 

Cette réforme fait uniquement plaisir aux parents démissionnaires qui ne veulent plus éduquer leurs enfants. L’école est là pour instruire, pas pour éduquer. Mais c’est fatigant d’avoir des enfants aussi est-il plus pratique de les confier à un organisme qui les formate et de les récupérer le soir sans avoir de responsabilité. Est-ce réellement la mission de l’Ecole ? N’y a-t-il pas un risque d’embrigadement de la jeunesse ? Car les jeunes n’auront que la vision de l’Education Nationale pour repère. Pour se construire et gagner en esprit critique, il leur faut plus de points de vue différents sur le monde. En ce sens, cette réforme est choquante car elle va transformer les élèves en bons petits soldats de l’Education Nationale qui n’accepteront rien d’autre que ce qui sort des programmes officiels.

 

Un nivellement par le bas

 

Pour mieux faire passer la pilule, on met dans la tête des élèves qu’ils n’auront plus de devoirs ! Quelle belle manipulation : aucun gamin ne va protester ! On leur promet même de ne plus jamais redoubler : là encore, est-ce raisonnable ? Mieux, on leur promet de remplacer les notes par des appréciations vagues qui tiendront compte de leurs efforts : en gros, plutôt que de dire qu’une copie est moyenne et que les bases sont à peine acquises on dira que l’élève est en bonne voie vers la réussite. Ca sonne mieux mais ça ne veut rien dire et surtout cela camoufle les lacunes ! Pour ne pas les voir, il suffit d’alléger les programmes et comme ça tout le monde arrive à réussir sans faire trop d’efforts ! Le redoublement dans ces conditions devient inutile car, à moins d’être totalement décérébré, l’élève n’aura aucun mal à suivre !

A ce rythme, en terminale on apprendra seulement les divisions comme ça tout le monde pourra suivre. On abaisse le niveau des élèves, on dégrade les diplômes, mais pendant ce temps le monde évolue et les technologies deviennent plus complexes : le risque est de former des générations de travailleurs incapables de s’adapter au monde, incapables même de s’insérer dans la vie active car ils n’auront pas les connaissances nécessaires pour s’en sortir. Mais pas grave, pendant toutes leurs études ils se seront bien amusés ! Est-ce vraiment ce que les parents souhaitent pour leur progéniture ?

 

Il faut crier NON !!!

 

Quoi que les ministres disent, cette réforme n’est pas dans l’intérêt des enfants : rythmes scolaires qui vont à l’encontre de ce qu’il faudrait, contraintes supplémentaires pour les parents et échec presque assuré à la fin des études ! Cela n’a pas de sens et il faut le faire savoir ! L’Education n’est pas un levier qu’on utilise dès qu’on baisse dans les sondages, les élèves ne sont pas des variables d’ajustement qui permettent de regagner en popularité !

 

Si une réforme de l’Ecole est nécessaire, elle doit se faire en prenant le temps de réfléchir à ce qui est le mieux pour l’enfant, sa famille, la société dans laquelle il évolue. On ne peut pas continuer à imposer arbitrairement des décisions lourdes de conséquences sans réformer en parallèle la société. Tout cela demande du temps et beaucoup de réflexion pour ne pas faire les mauvais choix. Je vous invite donc à aller voir les élus locaux, les ministres, députés etc pour débattre de toutes ces propositions. Sinon, les écoles privées risquent de fleurir partout en France !