(à la manière de JM…)

Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde.

FH : le pire des présidents … mais à la seule exception des autres. Telle aurait probablement été le complément d’appréciation porté par Winston Churchill, à qui l’on doit le « La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres » devenu proverbial.

Laissez-moi confesser que dans la liste des présidents précédents, le tout dernier justifie à mes yeux pleinement la formule. Une opinion me semble-t-il majoritaire si l’on se souvient des résultats d’un très récent sondage : « 70 % des Français interrogés pensent que NH sera de nouveau candidat. En revanche (c’est le cas de le dire !), 40 % seulement le souhaitent … ». Bis repetita ne placent donc pas toujours !

 

Peut-être (sans doute) les sondés se souviennent-ils du bilan chiffré de son quinquennat, tellement vertigineux qu’on le regarde aujourd’hui d’un œil sceptique ; et pourtant, il n’est que de relire les billets d’époque que chacune de ses étapes (quotidiennes, souvenez-vous !) inspira au fur et à mesure à Nicanor, entre autres, pour réaliser qu’à l’instar des lièvres, nous sommes prompts à perdre la mémoire en courant …

Est-on du nombre de ses détracteurs qu’on le moquera de n’avoir pas raté une seule occasion de se planter (notamment à chacune des élections survenues au long de son règne) et de laisser un héritage aussi lourd pour le pays que pour son propre parti. Parmi ses affidés (ce n’est pas un gros mot : cela signifie simplement « personne à qui l’on se fie, sur qui l’on peut compter »), on peut a minima lui faire grief d’avoir bordé le lit de son successeur.

Que d’aucuns hésitent si peu, mais sans oser tout à fait le dire, à qualifier d’« usurpateur ». Car les héros oppositionnels du moment ne sont pleinement d’accord que sur un seul point : la gauche est illégitime à exercer le pouvoir. Non, non, point de lapsus : c’est bien « illégitime » que vous venez de lire. Serait-ce « incompétente » que l’on pourrait entrer dans les débats lancés à juste titre dans ces colonnes par la Lettre à mon président, ou naguère par le rêve premieravrilesque (cf. Scoop : Démission de François Hollande !).

A contrario, contester le fondement de l’adversaire, sa légitimité, revient (en creux) à s’auto désigner comme seul bénéficiaire envisageable du résultat des scrutins populaires, même (et surtout) lorsqu’ils sont contraires.

Ainsi, fort de cet axiome posé une fois pour toutes qui lui assurerait ad vitam aeternam l’exclusivité de l’exercice des « responsabilités » (limitées, comme dans les sociétés de la même espèce), ce bord n’aurait plus qu’un seul problème à trancher : l’identité de celui qui serait en charge de le personnifier. Il s’y active corps et âmes (ou armes, je ne sais plus) et je n’aurai pas la cruauté d’en rappeler les plus récents avatars, d’autant qu’ils risqueraient fort d’être déjà détrônés par d’autres encore plus cocasses, d’ici à la publication de ce billet.

Il est des formules qui traversent les âges et les frontières sans perdre une ride ; c’est le cas notamment (voir ici) de celle qu’Internet attribue à Guy Mollet et qui accole à la droite française le qualificatif peu enviable de « plus bête du monde ». Venue d’un adversaire, expert en la matière de surcroit, elle sent le coup de pied de l’âne ; mais, dans mon souvenir (incertain), elle avait aussi été reprise et confirmée par l’un de ses penseurs que Pierre Desproges tenait à juste titre en estime et respect : « Qu’on soit de droite, qu’on soit de gauche, on est toujours hémiplégique, disait Raymond Aaron, qui était de droite ! », avait-il coutume de rappeler.

Ainsi, l’UMP façon 2013, qui pulvérise tous les records en défendant de haute lutte le trophée molletin détenu contre vents et marées par sa famille politique depuis plus d’un demi-siècle, constitue la meilleure chance du PS ; et J-FC, pour peu que dieu lui prête vie en 2017, l’assurance tous risques de FH.

Et tout continuera ainsi, comme si de rien n’était, parce que rien n’a changé depuis Machiavel à propos de l’inéluctable chronologie : les compromissions pour le maintien au pouvoir succèdent aux compromis de l’exercice du pouvoir, comme celui-ci avait pris la suite de l’euphorie de l’accession au pouvoir. Cette règle est absolument intangible en politique, comme dans toute autre activité humaine. Universelle au point qu’il suffirait, logiquement et raisonnablement, pour écrire un article intemporel et éternel, de s’astreindre à n’utiliser que les termes « majorité » et « opposition », strictement, en s’abstenant soigneusement de ceux de « droite » ou « gauche ».

Dans les années (les décennies, peut-être …) à venir, le parti qui connaîtra la plus forte croissance, fort heureusement, continuera d’être celui des pêcheurs à la ligne, n’en déplaise aux troupes F Haine de Marine est là (« ah ! reviens-vite dans mes bras », aurait complété Tino Rossi) qui s’essouffleront à piéter (*) plus haut que leur c… en lisière des champs élyséens. Car le pire, fort heureusement, n’est jamais certain ! Pourtant, mathématiquement, cette tendance, de plus en plus marquée depuis le début du XXIème siècle, ne peut perdurer à l’infini : elle est par définition bornée asymptotiquement à un (et non pas à zéro, car il est tout de même peu vraisemblable que le corps électoral entier en vienne à s’abstenir, y compris le candidat lui-même !…)

Concernant ce mal dont nous ne mourrons pas tous, mais sommes tous frappés, il est grand temps :

– de s’en remémorer les racines, exprimées par le théorème de JM en vertu duquel toute concurrence se conclue nécessairement dans la concentration ; en témoignent primo la forte pensée chiraquienne clamant du haut de ses 82 % : « maintenant, il n’y a plus aucune raison de s’em… », secundo la disparition de toute autre idéologie que celle du libéralisme plus ou moins ultra et tertio le « rapprochement » annoncé de SFR et Bouyghes

– sans oublier les sources potentielles de sa rémission, résumées par le postulat de Michel Serres : face à un changement, le monde se partage entre pessimistes (ceux qui identifient immédiatement ce qu’ils vont perdre) et optimistes (qui tentent d’imaginer ce qu’ils pourraient gagner).

Qu’il me soit très modestement permis d’objecter à MS qu’il est une troisième catégorie que je qualifierai d’annycordiesque en hommage à l’inoubliable interprète de la Bonne du Curé : j’voudrais bien imaginer ; mais j’peux point ! Faute de piste prometteuse, Nicolas Hulot (pour ne citer que lui) ne m’ayant guère plus convaincu que celles et ceux à qui il a tenté, mais en vain, de s’imposer.

Peut-être discerne-t-on dans le grand lointain une minuscule silhouette de lueur d’espoir (cf. la conclusion de Tunisie : I have a dream). Elle m’est venue d’un beau jour d’été, un de ceux où la plus belle vertu du soleil est de permettre de s’installer à l’ombre, si propice à la lecture. Et ce d’autant plus dans notre siècle où la liseuse électronique (qu’on ne compte pas sur moi pour la nommer Kindle®, surprise) vous permet d’emporter force volumes sans boursoufler votre valise, ni exploser le maigre forfait kilos que vous accorde Ryanair.

C’est ainsi que j’ai été gratifié de quelques découvertes dont je vous rendrai bientôt compte ; en particulier deux opuscules fort précieux commis par Yves-Alexandre Thalmann, psychologue de son état ; mais c’est un autre sujet (encore que …). En particulier, aussi, « Engagez-vous », sorte de mode d’emploi prolongeant vers l’action « Indignez-vous », de Stéphane Hessel ; sans oublier les fortes contributions d’Edgar Morin (dont les « On doit chercher une nouvelle voie », « Un sursaut est nécessaire », …., me mettent en furieux appétit) ; je vous en entretiendrai aussi.

Ar’vi ‘pa …

NB  1 : il est clair que M. Christian Jacob ne lit pas Les Echos. Sinon, son ironie cinglante n’aurait pas manqué d’exploser derechef (après sa fine sortie contre FH) au vu du titre de la une du 26 juillet : « Première éclaircie pour l’économie européenne » …

NB 2 : à vos plumes, commentateurs, commentateuses, pour nous donner des exemples d’autres

formations les plus bêtes du monde (au centre, à l’extrême gauche, …, où sais-je encore ?) que je ne vois pas, moins par bisounourisme que par cette myopie qui confine les capacités de mise au point à l’entourage immédiat … Veritas, Siempre, Jef, Zelectron, Jacques, Eric, (mille excuses aux quelques dizaines de milliers que j’oublie de titiller), aidez-moi à compléter le podium : à vos plumes ! prêts ? partez !

PS : je n’ai nul doute que FH reprenne à son compte, lui aussi, la formule mise en exergue par l’illustration : son succès sera d’être capable d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ! Pourtant, il ne l’adoptera que jusqu’au moment où son successeur la lui ravira pour la faire sienne.

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(*) piéter se dit de la caille et de la perdrix lorsque, mises en péril par les nemrods (ou d’autres prédateurs), elles vont sur leurs pieds et courent, au lieu de voler