Je suis née fougère…

 

Je suis née fougère- aux racines trempées dans la terre-

 

                                      

 

 

 

 – Ecrit par Mozarine

Je suis née caillou

haletant 

entre rocs et mousses

débordant

 

mon lit d’herbes fauchées

 

je suis née fougère

aux racines trempées dans la terre

la tige à vif

les nervures

 

dans les yeux des bêtes

 

je suis née schiste,grès ,calcaire

des fissures en plein coeur

lisse par érosion

 

paroi avide d’échos

 

j’ai les yeux couleur d’épi

la gorge trouée de rivière

les mains en meule de foin

je porte mon enfance greffée comme une pomme

on m’a piquée sur la ville

 

mon coeur brisé comme une cruche 

coule encore

 

il faut boire les lèvres

et pleurer sur la bouche 

d’une adolescence de roseaux

dix canards flottent tremblant

dans ses marécages

 

 

                                               

 

Il faisait si froid au pays des végétations d’homme…

 

 

Il faisait si froid
au pays des végétations d’hommes
que le gel collait
dans le sang
aux lèvres de ton peuple

je savais la grande famine proche

l’homme ne sculptait plus ses temples
il cherchait dans la terre
son grain de vie

il fauchait des vieux troncs d’érables
et mangeait
l’ardente ortie

la croute terrestre étalait ses sanglants nénuphars

On attendait..

 

Geneviève d’Hoop

Chanson de la bien-aimée

 
Ma bien aimée
luisante d’aurore

repose dans le réveil framboisé du petit jour

 

Je suis devant elle

avec ce poids d’abstraction

planté entre les épaules

qui mâche peu à peu 

la fraîcheur des arômes. 
 
Ma bien aimée s’éveille
sentant mon regard de foudre

lié à ses cheveux d’orage

et ma soif d’elle traînant
du fond des âges.
 
Ma solitude est une longue liane
qui m’enchaîne
aux accoudoirs de l’abîme.

 

J’y écorche ma peau.
 
Ma bien aimée
de ses mains d’espérance
presse mon silence contre sa poitrine

et le métamorphose

en un éclair bleu
 
Une goutte d’eau 
tremble
au bord de ses lèvres
 
Je la cueille
 
Et voici qu’entre mes doigts

jaillit un ruisseau.

 

 

 

 

Geneviève d’Hoop

 

 

 

 

 

 

Je suis la femme de Monsieur X

 

Je suis la femme de monsieur X
                                                                       J’ai élevé les enfants de monsieur X

 

         Le matin——-je vérifie les bactéries du frigo
         A midi———-je pense—–au repas du soir

 

         chaque jour——j’enlève les araignées

 

          chaque semaine——-je fais une liste des ingrédients—–
           pour le bon fonctionnement——-de la santé mentale
          de chaque individu de la famille–
—–
           Le mardi———-je remets des rouleaux de papier—–
           dans les toilettes

 

            Je ramasse tout ce qui traîne——partout—
             où ça traine—–
             Le dimanche——–je mets les poubelles–
              sacs bleus pour les plastiques
              sacs blancs pour les papiers

 

            Quand je sors en ville—–j’achète des casseroles

 

             MA JOIE DEMEURE—-
             dans les armoires bien rangées–
              les torchons bien essorés-
 
              MON AMOUR DE LA VIE—-
               est dans les murs de la maison

« Etre kamikaze » ou comment endoctriner les jeunes.

 

Être kamikaze ou comment endoctriner les jeunes

Comment concevoir qu’un être peut se donner la mort en tuant les autres ?

L’histoire « Les chevaux de Dieu » se passe à Casablanca dans les bidonvilles de Sidi Moumen.C’est une famille comme tant d’autres confrontée à la misère sociale, l’injustice et l’humiliation ressenties quotidiennement, s’installe dans ce désert .Le réalisateur du film Nabil Ayouch ,originaire du Maroc, a été inspiré des attentats terroristes survenu  en mai 2003 à Casablanca.

 

Quel est le point de vue du réalisateur ?IL consiste à tenter de comprendre, à travers le parcours d’un individu ,comment un jeune homme peut en arriver à ses extrémités .Ce fut le cas pour Yacine, âgé de 10 ans qui cherche une issue à sa pauvreté et à son ennui dans sa conversion au fondamentalisme islamique.

 

Au début, le fondamentalisme islamique donne l’exemple de la  solidarité et du dévouement avant de convertir les esprits à leur message de haine et de violence. En effet, l’islam radical leur offre comme perspective le paradis et  leur donne la gloire de mourir  en martyre.

 

Le terrorisme est un mode d’expression pour des populations en marge, qui sont manipulées et auxquelles on lave le cerveau parce qu’elles n’ont pas d’autres perspectives.

 

L’enfance des gamins des bidonvilles de Sidi Moumen, aux portes de Casablanca est un long cheminement dans les début de leur vie d’adulte,  faite de larcins, de débrouille, de rêves inaccessibles avant de basculer dans l’islam radical pour trouver un sens à leur vie.

 

« Les chevaux de Dieu « dépassent de très loin les questions d’actualité qui collent à la société marocaine ;ce qui est intéressant ce ne sont pas les attentats eux- même, mais leur genèse .

 

C’est un film sur la condition humaine, sur les gens qui sont abandonnés et qui ne trouvent pas d’autres façons de s’exprimer que la violence.

 

 

Source:le film "Les chevaux de Dieu"

 

Poème pour un sculpteur (2ème partie)

Poème pour un sculpteur (2)

 

Le couteau frappe à vif

Blessant

Le terreau de l’enfance

 

Il veut violenter la terre

Qu’elle se livre

Qu’elle le délivre

De l’enfant orphelin

 

Elle enfouit sa face

Au plus profond de la paroi

 

Femme décapitée

Au ras du sol

 

                                               –qui habite ce corps

                                                       Sans voix sans visage

                                                                    Qui distille des paroles rares ?

 

 

*  *   *

Reste la femme fleuve

Au murmure d’eau bruissante

 

Celle qui enfante un pays hors frontière

Celle sur qui passe

Et repasse la mer

 

La femme lisse

Polie par les mains tendresses

 

Celle qui parcourt des années de pluie

De caresses

 

Reste la femme féconde

Ramasseuse de blé

Et d’enfants couleur paille

 

La femme humanité

Qui a mémoire du premier cri de la terre

 

La femme prophète

Qui mêle son souffle à l’océan

 

 

                        * * *  

           

Toutes ces femmes échappées de son souffle

Faces d’ombre et de lumière

Socle de glaise ou socle de chair

Partout il cherche

La bien aimée.

 

Poème pour un sculpteur (Première partie)

 

 

femme aux rives nues

déserte

jusqu’à la transparence

 

femme racine

au  murmure de buisson

 

bruissante de fièvres

de feuillage

 

femme au ventre bouillonnant

 d’enfants orphelins

 

je retourne tes entrailles

dans la boue et le végétal

 

j’éternise ton cri

ta parole de fauve

dans ce corps à corps animal

 

je te construis

je te taille

au rythme baroque

 

de mon délire

***

 

 

elle bouge s’étire et se blesse

le corps tailladé

de paysages vagabonds

 

elle se replie

loin du monde

loin des gifles

 

accroupie

au fond de sa nuit

multiple et déserte

 

elle repousse

elle griffe

 

femme dévastée

par les blessures du jour

 

sur sa gorge

sable et sang coule

 

 

(Première partie)

 

 

 

 

 

 

Poème corps lapidé,en tes mots j’ouvre un éventail

 

 

poème

corps lapidé

en tes mots j’ouvre un éventail

et j’écris

obsession folie joie

d’une page à l’autre

je me détruis

et je reconstruis ton corps échevelé

d’une page à l’autre

je martèle

j’organise le chaos

la matière boueuse 

informe

je torture ma parole

de chaque lueur

je me fais flamme

la marée monte

je pleure et je ris à l’envers

je m’égare

et me cogne à tes mots

fraîches tumultueuses

sont mes paroles

elles glissent sur ma peau

et

le vide se creuse

le silence s’installe

à vous de parler

 

 

 

J’écris pour vous dire…


J’écris pour vous dire…

J’écris pour vous dire que je n’écris pas. Je laisse ma page respirer. Je laisse ma main  sur le papier

.J’écris pour vous dire que c’est la nuit. Que c’est la nuit que souvent j’écris. J’écris pour

vous dire

que je ne dis  rien. Que je n’ai rien à dire. Que les mots sont absents dans ma nuit. Que ma nuit

est absente sans mes mots. Que mes mots ressemblent fort à des maux. Que ma nuit est

plus

vide que le papier. Que ma main n’arrive plus à tracer. Tout cela je vous le dis. Comme je le dis à un

mur. Comme je le dis au mur de ma nuit. Comme je le dis à ma mère. Enfermée dans son

silence

. Enfermé dans mon silence. le silence de sa nuit. Sa nuit qui n’en finit pas. Sa nuit qui n’en

finit pas

d’être une nuit. Elle. Seule dans la nuit. La nuit de sa vie. La nuit de sa vie qui s’éteint. Qui

s’éteint

sans aucun bruit. Doucement. Sans aucun bruit. La nuit de sa respiration. Peut être sa

dernière

nuit. Personne ne sait. Personne ne pense. Chacun vit dans sa nuit. Chacun vit dans le fin

de sa nuit…

J’écris sur cette feuille des mots sans suite…

j’écris sur cette feuille des mots sans suite

c’est toute une planète qui vers mon âme gravite

c’est toute la violence d’un flot sur le roc

qui me fait croire de plus en plus que j’existe

 

.

Je nais de cette feuille comme on naît d’un flot

je roule,je me brise ,je suis la vague qui courbe le dos

je dévore tous les soleils des océans

j’ai la lumière en moi

et je veux brûler le néant

 

 

J’écris et je sais que vous ne m’entendez pas

j’ai l’air d’un champs stérile où le blé ne murit pas

j’ai l’air d’une lampe dans une aube solitaire

qui sait de moins en moins ce qu’elle éclaire..

 

.

Et si en un mot je vous disais

le monde est un éteignoir et je vous hais

pourriez vous encore me sourire à la face

et me répondriez vous,même par une grimace?