Jean Hugues Matelly, docteur en sociologie, politique, spécialiste des questions de police judiciare et chercheur associé, avec l’autorisation de sa hiérarchie, au laboratoire CESDIP du CNRS, est radié de la gendarmerie, viré comme un délinquant, écope de la sanction réservée aux auteurs de crime pénal, pour avoir publié, en tant que chercheur, les résultats de ses travaux sur le rapprochement-fusion police-gendarmerie !

Stupéfaction !

Que fait-on du code de la propriété intellectuelle, de celui de l’enseignement supérieur et de la recherche qui autorisent et protègent les publications des résultats des chercheurs ?

Que devient le principe même de la liberté de recherche, liberté fondamentale s’il en est, resserrée dans un étau qui étouffe progressivement le milieu des chercheurs ?

Quand au devoir de réserve : il n’est pas reconnu par un texte légal. Cette pratique vise à assurer la stabilité des entreprises et institutions. Mais l’armée elle-même, en se modernisant, s’est dotée de nouveaux textes, a ouvert ce devoir et accordé des droits d’expression aux militaires, droits refusés au commandant Matelly !

Où est la faute quand règnent seulement la logique d’une démarche et la loyauté envers l’Arme et la démocratie ?

Logique :

– J H Matelly, chercheur sociologue  spécialiste des questions d’institutions de police judiciaire procède à des recherches avec l’institut pénal du CNRS sur les évolutions de la police et de la gendarmerie. Autorisé.

– Ses recherches intègrent aussi la modernisation de l’armée, qui concerne donc bien la Gendarmerie.

– Cet officier moderne et humain intègre les progrès en cours dans son raisonnement. A l’écoute de ses hommes dont il est apprécié, comme en témoignent les milliers de connections et messages reçus sur http://osezdevenir.wordpress.com et la pétition de soutien associée, il entend la souffrance de gendarmes désemparés par la dégradation de leurs conditions de travail. Des hommes et des femmes auxquels on demande toujours plus avec moins de moyens, suppression même de moyens, accompagnée de transferts de budgets vers la police. Le GIGN et le laboratoire Scientifique de la Gendarmerie nationale, des fleurons d’une institution multiséculaire copiée en Europe et dans le monde sont accusés d’être des « doublons » et menacés de suppression au profit de la police, les brigades ferment. Une institution frappée elle aussi par un taux de suicide élevé et un taux de divorce explosif.

J H Matelly, par son « double képi » d’officier et de chercheur est conscient de la responsabilité qu’il porte devant ses hommes. Il l’a assumée à fond, avec constance et courage, malgré les avertissements et même un blâme. Il a ignitié le forum « gendarmes et citoyens » comme les textes le permettent, l’association AGC est née. Il était aux côtés de ses hommes lors de la grogne de 89, lorsque les gendarmes sont descendus dans la rue, poussés à bout, soutenus par la police et la population.

Le prétendu rapprochement police-gendarmerie, loin de sceller un coopération, risque de renforcer les tensions : danger pour l’un de passer sous la coupe de l’autre, et de se retrouver avec une dissolution pure et simple de la Gendarmerie, comme en Belgique, avec une police unique et toute puissante. Nous sommes concernés en tant que justiciables et victimes potentiels, et donc « usagers ». Je rappelle que la commission de recours des usagers contre les « problèmes » de procédures en enquête, interpellations et auditions, à été supprimée en 2009.

Entretenir les peurs du citoyen pour noyer sa pensée, le replier sur des attitudes auto-défensives individualistes, diviser,  permet de ne pas poser les vraies questions, mais cela ne dure qu’un temps. Peur de son prochain, de la précarité, du permis à point, de la garde à vue pour ne pas avoir traversé sur les clous, de la radiation du pôle emploi, peur de la radiation de la CAF… conduisent le citoyen à se débattre dans le quotidien et se taire. Pourtant le pression monte. L’avertissement a été donné clairement aux élections.

A moins de se trouver franchement dans une mouvance contestataire ou anarchique, personne de censé ne songe à remettre en question les fondements de la stabilité.
Simplement, si personne ne bougeait, le peuple n’aurait jamais remis en question l’inquisition, ni la royauté, ni l’esclavage, ni les absolutismes et totalitarismes politiques ou économiques.
Les idées des grands penseurs, philosophes et sociologues n’auraient pas vu le jour et beaucoup l’ont payé de leur vie.
La pensée intellectuelle de la France n’aurait pas rayonné dans le monde.
Nous aurions toujours les murs de la Bastille en guise de Déclaration des Droits de l’Homme.
Le respect des principes ne doit pas rendre aveugle ni sourd, ni laisser déraper les situations. Car les dirigeants n’en sont pas moins hommes, et donc faillibles, surtout lorsqu’ils sont soumis à des situations qui exacerbent certaines de leurs tendances sous-jacentes.

Une petite touche de questionnement sincère et de Mise en question loyale de problématiques dans le cadre d’évolutions, en perspective d’anticipation, est toujours intéressante et productive.
Il s’agit simplement d’apporter sa pierre à l’édifice.

C’est aussi elle qui a fait de l’armée ce qu’elle est aujourd’hui, une armée moderne, ouverte, qui prend en compte la composante humaine dans la chaine de commandement pour mieux gérer les opérations et les ressources (exemple de la prise en charge du stress professionnel en opex par l’armée de terre).
C’est aussi malheureusement le contraire qui conduit nombre de salariés et fonctionnaires au désespoir et la France en dangereux déséquilibre social au lieu de la stabilité recherchée.

Dans ce cas, le respect de la hiérarchie et de l’institution ou de l’entreprise est devenu silence coupable, et indifférence, qui tuent, les hommes autant que les institutions.

Une pétition de soutien est en ligne, car ce combat, qui est aussi le nôtre, ne fait que commencer. Monsieur Matelly dénonce l’irégularité  de la radiation et dépose un référé.

http://petitioncontreradiationcdtchercheurmatelly.wordpress.com/2009/10/30/petition-adressee-au-president-de-la-republique-en-faveur-de-jean-hugues-matelly/

C4N soutien également une pétition, voir dans la colonne de droite.

Ces pétitions sont soutenues par le collectif Indépendance des Chercheurs.

 

Isabelle Voidey