La dualité des choses et les rêves de la vie.

– Regards sur la poésie de la poétesse Elodie Hervé –

Chaque chose a sa double, la vie est l'autre visage de la mort. Le blanc est l'autre miroir du noir, le rêve est l'autre visage de l'éveil, et le réel est l'autre représentation de la réalité. Le « Je » même est un Autre, comme a dit Rimbaud, depuis longtemps. C'est ainsi que le poète voit le monde. Il le voit avec une grande sagesse. Il le voit avec l'œil profond,l'œil du sentiment, l'œil du cœur.

Et selon ce regard poétique humaniste, le poète essaye de créer son monde propre, le monde où chacun de nous, en tant que lecteur, trouve ses envies, ses désirs, ses émotions, avec une grande joie de découvrir son âme, de rencontrer son ego dans les mots des autres.

 

Dans son recueil de poèmes intitulé « Une tombe illuminée », la poétesse Elodie Hervé, nous mène vers son monde, avec beaucoup de tendresse. Elle essaye dès le début, de nous donner la liberté de choisir, les poèmes que nous voulons d'abord les lire, en commençant par l'un d'eux qui est nommé par le mot de « La liberté » lui-même. En lisant ce poème, nous avons tout de suite, compris que nous avons marché dans le vrai chemin de la poésie. Nous avons compris aussi que nous n'avons pas raté notre but, celui de plonger dans l'Océan poétique, l'Océan de la vraie poésie. Celle qui est pleine des images métaphoriques et des symboles poétiques :

« Toujours plus,
Mais n'est ce pas suffisant ?
Toujours plus,
Mais n'est ce pas trop ?
Depuis que l'homme existe
Il a toujours voulu plus,
Mais n'a t-il pas raison ? »

Certes, la liberté n'a pas de limite, et depuis son existence, l'homme a toujours essayé d'être libre. Il essayé de franchir tous les obstacles pour arriver à sa propre liberté, pour vivre dans ses terres choisies, pour voler même dans ses cieux préférés, en restant toujours libre, plus libre que jamais. Même en mourant, il a voulu avec toutes ses forces que son tombe soit en pleine vie, « une tombe illuminée » selon l'expression magique de notre poétesse Elodie Hervé, selon le titre même de ce recueil de poèmes.

Mais la question qui se pose ici, est celle de la continuation dans ce même chemin. Le chemin de l'espérance. Celui qui mène vers la vie, vers la Rome des âmes avec toutes ses manifestations vitales. Car même si cette continuation est très difficile, on est obligé toujours de continuer notre chemin avec la même confiance, avec la même volonté de franchir tous les obstacles pour créer et recréer le monde de l'espoir. Un espoir qui doit rester vivant pour toujours. La question posée par notre poétesse à travers ce « pourquoi » emblématique, qui veut que les choses changent vers le bien ,qui veut que les choses de ce bien restent et durent pour l'éternité, nous pousse à réfléchir dans nos caractères, dans nos habitudes, dans nos relations humains, tout simplement.

Lisons ce poème intitulé « Pourquoi » pour bien comprendre le souci qui prend notre poétesse en l'écrivant de cette façon :

« Aucun admirateur,
Pourquoi continuer ?
Aucun écrivain,
Pourquoi continuer ?
Aucun couple qui dure,
Pourquoi continuer ?
Pourquoi accroître l'espérance
Quand il n'y a plus d'espoir ?
Pourquoi accroître l'amour,
Quand les cœurs sont brisés ?
Pourquoi accroître l'écriture,
Quand il n' y a plus personne pour lire ?
Les bonheurs ne durent pas
L'amour est sans loi
Les rêves disparaissent
Et toi tu restes là
Pourquoi ? »

Certes, on voit que ce poème est plus au moins plein de pessimisme, mais le cœur, de notre poétesse, reste toujours ouvert vers l'optimisme, vers l'avenir, malgré toutes ces questions pleines de tristesse et de chagrin qui sorte de temps à autre de la bouche de sa plume.

Dans un autre poème nommé « Utopie » la poétesse veut construire une maison de poésie, une maison personnelle qui ne ressemble à aucune autre maison. Une maison qui se base sur l'imaginaire ouverte, si riche et si déverse . Elle veut créer un autre monde féerique, divin, et utopique :

« Si j'étais une fée,
Ce monde serait féerique.
Si j'étais une déesse,
Ce monde serait divin.
Si j'étais une prêtresse,
Ce monde serait utopique. »

Ce monde féerique, divin et utopique, nous donne, en tant que lecteurs, le plaisir de le lire, de partager ses fruits avec les autres, d'accueillir ses fleurs et de les offrir à nos amis/amies, même si la poétesse nous déclare juste après qu'elle ne possède pas la baguette magique pour que ce monde imagine là soit réel. Elle nous dit qu'elle n'est aucune simple personne « sans pouvoir, sans histoire, sans choix ».

Notre poétesse dans sa profonde tristesse, et le poète est toujours triste, comme a dit Guy Boulianne, oublie que son pouvoir, son vrai pouvoir se trouve dans la magie de ses mots, dans la créativité de son imaginaire et la volonté de son amour envers le monde qui l'entoure. Ces trois qualités qui possède chaque poète peuvent créer et recréer le bonheur dans les coeurs des autres.

Et la poésie continue son chemin. Ainsi on trouve que notre poétesse déclare dans son beau poème intitulé « Fanny », l'amitié contre son amie à elle qui prend comme nom « Fanny », je dis : elle déclare l'amitié et pas la guerre, car cette poétesse voit dans toutes les manifestations naturelles, des causes qui l'attachent à cette amie, cette jeune femme réelle/rêvée, souhaitée et bien sûr existée si ce n'est pas dans la réalité elle est dans le rêve. Et le rêve est plus fort que toute réalité passante :

« Comme le soleil,
Tient à la lune,
Comme le poisson
Tient à l'eau,
Comme la lumière
Tient à l'ombre,
Je tiens à toi. »

Ce poème qui prend ce rythme musical basé sur la répétition de quelques mots et quelques phrases, tels « comme » et « je tiens à toi », et sur le jeu de la dualité des images, nous surprend par sa beauté simple, mais profonde. Car quand on le lit on sent qu'il nous représente. Elle parle de nos sentiments, de la recherche de l'amitié, de la tendresse et de l'aimance :

« Comme l'amour
Tient à l'amitié,
Comme l'écrivain
Tient à sa plume,
Comme le mannequin
Tient à ses vêtements,
Je tiens à toi. »

Cette relation qui existe entre ces gens, ces choses, ces couleurs, ces émotions, nous fait rêver d'un monde magique, plein d'harmonie et de mélodie, plein de stabilité et de calme. Un monde où l'amitié/l'amour est loi, où l'amitié/amour est roi, selon l'expression célèbre de Jacques Brel.

Ainsi, notre poétesse cherche durant les pages de son recueil de poèmes là, le visage de la vie. Celui de l'amour. Elle le cherche à travers tous les gens, les amis/les amies, les frères et les sœurs, les parents et les voisins, et bien sûr à travers l'être le bien-aimé. Celui qui mérite d'être honoré par ce beau poème intitulé : « Toi »

« Si un mot j'avais à te dire
Ce serait le mot « bonheur »
Entrelaçant nos deux cœurs.
Depuis que je t'ai rencontré
Mon âme est bouleversée
Mon corps te réclame. »

Et malgré son absence, son départ vers l'inconnu, vers une autre même, la poétesse ne peut que rester fidèle à lui, à ses souvenirs qui les frappent :

« Alors sois heureux avec elle,
Je t'attendri promise. »

Certes les souffrances de l'amour sont très fortes, mais ce qui est beau dans la vie, c'est que après chaque souffrance, il y a un sourire, après chaque malheur il y a le bonheur qui vient vers nous.

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– Elodie Hervé : Une tombe illuminée, éd : Mille Poètes LLC 2007.
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-Jean-Pierre Richard : Poésie et profondeur. éd : Seul 1976.
– Luc Uyttenhove : Dictionnaire des rêves, éd : marabout 1987.

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