Voilà qui devrait donner du grain à moudre à Jean-Yves le Drian, ministre français de la Défense, qui vient de présenter la loi de finances 2013 préservant 11,2 milliard d’euros (hors Opex, opérations extérieures et pensions) en tenant compte « de la poursuite de la réduction des effectifs  ». Son homologue britannique vient d ‘annoncer que les forces armées du Royaume-Uni seront de fait décimée dès janvier prochain, alors que le retrait anticipé d’Afghanistan sera amorcé. En 2020, les effectifs seront réduits à 84 000 officiers généraux, officiers, gradés et soldats. Contrairement à la France, pas question de transformer les troupes en armée mexicaine, car les officiers partiront à la retraite dès 45 ans, et la réduction du commandement sera à peu près proportionnelle.


De temps à autres, Dominique Merchet, de Marianne, le plus en vue des chroniqueurs Défense français, du moins pour le grand public, aborde la question du plan de programmation militaire sous l’angle de la réduction des effectifs. Surabondance de commentaires garantie si … depuis le 26 septembre dernier, l’auteur n’avait pas décidé de les supprimer.

J’attends avec impatience son billet sur la baisse des effectifs britanniques. Le dernier, donnant le coût des Opex, les opérations extérieures, ( 100 000 euros de l’heure), en baisse du fait de la fin de l’Opération Harmattan en Libye et que, en Afghanistan, les pertes sont limitées (le ministre actuel ne demande pas les résultats réclamés au début du quinquennat Sarkozy), fait suite à un autre sur les suppressions de postes. 

Sur 12 298, 7 232 seront supprimés en 2013 au ministère (le total de 290 000 étant moins affecté : 21 000 militaires seront recrutés en 2013).

Charitablement, le ministère français ne donne pas la répartition entre officiers généraux, de commandement (colonels, commandants … ) et subalternes. En gros, c’est 12,5 %, pour 34 % de
gradés (dans une armée de métier, la plupart des spécialistes sont sous-officiers), tandis que les
militaires du rang (soldats, caporaux) ne forment plus que 29,1 % des effectifs. Heureusement, la
participation à l’Otan verra la délégation d’officiers (surtout des colonels, généraux … ) réduite à… 700 (sur un total de 900).

Comparaison difficile
Il est toujours hasardeux de se livrer à des comparaisons chou pour chou lorsqu’il s’agit des forces
armées de pays dont les engagements ne sont pas les mêmes, dont l’importance donnée à la dissuasion nucléaire n’est pas identique, l’historique différent.

En fait, si on compare les chiffres bruts français avec les britanniques, le différentiel n’est pas si imposant. Les militaires seront 8 000 de moins fin 2013, 12 000 de moins fin 2020. Sauf que, dès 2014, le dégraissage portera les effectifs à 86 000. Parce que l’allégement a été accéléré en 2012 (il n’y avait pas d’élections cette année au Royaume-Uni, donc… contrairement à la France…), et qu’il était en cours déjà du temps des travaillistes.

Le niveau des troupes revient en-deçà de celui du temps des guerres napoléoniennes, quand le futur Empire était à peu près en paix, avec une bien moindre population. Seules les forces spéciales
seront épargnées. Toutes les armes, dont celle de l’air, seront affectées, mais celle de terre sera la
plus touchée. De plus, les mises à la retraite des officiers interviendront à l’âge de 45 au lieu de 55 ans. Pour le moment, les forces britanniques ne comptent qu’environ 7 000 officiers au-dessus du grade de commandant (dont des lieutenants-colonels et des colones en grand nombre, et beaucoup moins d’officiers généraux par rapport à la France).

Un sur deux de ces officiers supérieurs sont appelés, passés leurs 45 ans, à retourner à la vie civile.

Tenez-vous bien au canon, bloquez la crosse au sol : le député Julian Brazier (conservateur) du comité de la Défense, considère que l’encadrement supérieur est d’ores et déjà disproportionné par rapport aux effectifs actuels. La saignée affectera aussi, de fait, les officiers subalternes qui, la trentaine arrivée, tenteront de se recaser dans le privé sans attendre de se retrouver confrontés aux difficultés qui attendent les quarantenaires et cinquantenaires (sauf pour les généraux allant pantoufler dans les industries de la défense).

Le recrutement, outre-Manche, a déjà été tari ces douze derniers mois. En juillet, 17 unités (pour la plupart des régiments) avaient été remodelées – affectation dans d’autres unités – ou supprimées.

Évidemment, le rapporteur  pour   la  Défense   annonce les  mauvaises  nouvelles, le  ministère 
ne confirme ni n’infirme (voire dément la mise à la retraite d’office à 45 ans). En réalité, le
blocage de l’avancement, sauf  pour  quelques-uns, et de  fortes  incitations, devraient  aboutir 
à un  résultat similaire  pour  alléger  les  états-majors  et le nombre des  officiers supérieurs. 

Certains  ont  déjà démissionné,  dont  la   plus  haute  gradée   des   officiers, dont une   brigadier (colonelle- générale   ou lieutenante- générale de brigade).

Les forces armées britanniques sont aussi affectées par les mesures  de mise à la retraite en fin
de contrat. Certains soldats ou gradés se voient remerciés en fin de contrat mais avant d’avoir
atteint le droit à une retraite (laquelle sera versée en différé à partir d’un certain âge).
1  a été aussi taillé dans les effectifs de certains régiments. Un régiment est généralement composé de 600  personnes. Pour les régiments écossais, certains seront réduits à la taille d’une compagnie (120 hommes de troupes, gradés,peu d’officiers). Il est argué que la Réserve (la Territoriale) sera  renforcée.  Mais  le patronat  n’est  guère enclin à  embaucher des 
réservistes, trop souvent absents à son gré.

C’est surtout l’intendance, et le train des équipages,qui, dans l’arme de terre,avec l’artillerie,vont voir des  pans entiers disparaître.  Les collectivités  territoriales  (les régions notamment, comme le
Pays de Galles) sont fortement incitées à contribuer au reclassement des militaires…

Conséquences incertaines

Sauf opérations extérieures conjointes, il ne faudra plus trop compter sur l’appui des armées britanniques (enfin, hormis cas de nouvelle invasion des îles Malouines, les Falklands, par l’Argentine, qui pourrait modifier la donne).

L’armée grecque risque de passer durablement, avec des effectifs de 124 000 en 2011 (grâce à la conscription) au troisième ou quatrième rang des forces européennes (France et Bundeswehr restant en tête) à ce train.

Pour mémoire, les effectifs des trois armes britanniques sont actuellement tombées à environ 100000 personnes, dont 12 % proviennent de recrutements extérieurs (38 nationalités différentes, mais il faut aussi ajouter les traditionnelles brigades des Gurkhas népalais, qui a aussi subi des réductions d’effectifs, et qui forme la seule « légion étrangère » britannique, avec pas moins de deux régiments, The Royal Gurkha Rifles, The Queen’s Gurkha Engineer, de divers  bataillons ou escadrons ou compagnies répartis dans d’autres régiments ou dans des écoles militaires).  Ce qui peut poser des problèmes en cas de retour anticipé à la vie civile…

Les conséquences pour la défense européenne étant trop incertaines et complexes, je me passerai de conclusion.