Selon le FBI, les deux frères tchétchènes de Boston avaient reçu instructions et entraînement pour commettre leur attentat. « Nous n’avons aucun doute : les deux frères n’ont pas agi seuls. Les détonateurs des deux bombes étaient très sophistiqués et pas du style de ceux dont on trouve le montage sur Internet, » aurait déclaré en substance un enquêteur. Pendant que la police et l’armée traquaient le cadet des Tsarnaev, le FBI n’est pas resté inactif et avait procédé à l’arrestation d’une femme et de deux hommes, trois étudiants étrangers, à une centaine de kilomètres de Boston.

• Le jeune Djokhar Tsarnaev aurait tenté de se suicider ;
• D’autres arrestations dans la région, présumés liées à l’attentat ;
• Le statut légal du futur accusé débattu ;
• Le FBI ne veut pas de fuites sur son état de santé ;
• Deux étudiants originaires du Kazakhstan arrêtés à New Bedford.

Deux bombes artisanales, oui, deux autocuiseurs remplis de mitraille, certes, mais des détonateurs perfectionnés dont le mode d’emploi avait dû être inculqué aux deux frères Tsarnaev qui ont commis l’attentat durant le marathon de Boston.
Il a fallu leur donner des instructions sur le mode opératoire et le FBI cherche à présent à localiser une « cellule dormante » avant même que le cadet des deux frères, Dzhokhar, puisse donner des noms, ou des pseudonymes, indiquer des lieux.

Mais en fait, tout ceci semble à prendre au conditionnel.

Un faux semi-scoop ?

Le FBI estimerait, selon le Daily Mirror, l’effectif de cette cellule dormante à une douzaine de membres, lesquels seraient restés dans l’ombre depuis quelques années. Cette indication fait suite à la révélation que, tout comme Mohamed Merah en France, le FBI ou la CIA avait non seulement enquêté sur la famille, mais, selon, Zubeidat, la mère de Tamerlan et Dzhokhar (Djohar), l’aîné des deux frères aurait été l’objet d’un véritable suivi. « Ils m’ont dit que c’était réellement un terroriste et qu’il leur inspirait de la peur. Ils le contrôlaient, » a-t-elle poursuivi. Ce qui peut expliquer pourquoi la famille, en tout cas, le père, la mère, et la tante résidant au Canada avaient, dans un premier temps, estimé que le FBI ou des services secrets auraient pu manipuler leurs fils ou neveux.

Pourtant, le FBI avait précédemment déclaré que leur enquête avait été close, faute d’éléments suffisants ou de dangerosité détectée.

Le « story telling » antérieur était, comme le narrent divers titres anglophones, que le héros du marathon, Jeff Bauman, 27 ans, qui a été amputé d’une jambe, aurait, ayant repris connaissance, demandé à son frère Chris du crayon et un papier. Il aurait décrit rapidement l’un ou l’autre des frères puis les auraient identifiés ensuite sur des photos lui ayant été présentées.

On se perd toutefois en conjectures. Le bateau dans lequel s’était réfugié le frère cadet, totalement cerné par la police, serait criblé d’impacts de balles, et évoquerait « du gruyère » (une collecte nationale a été lancée pour lui en offrir un neuf) tandis que Fox News Boston donnait une toute autre première version policière, selon laquelle tout aurait été fait pour le prendre vivant. C’est d’autant plus étonnant car son propriétaire, Dave Henneberry, aurait déclaré à la police que le réservoir à carburant était à-demi plein.

La presse israélienne rappelle que, depuis le 9 septembre 2001, au moins cinquante cellules djihadistes ont déjà été démasquées en Europe et en Amérique du Nord. « Combien d’autres encore ? », s’interroge IsraCast.

Ramifications ou non ?

La nuit dernière, c’est surtout le quotidien britannique The Daily Mirror qui, sous les signatures de Christopher Bucktin et Andy Lines, a fait état de l’arrestation de deux hommes et d’une femme dans la grande région de Boston (“60 miles from Boston”) dans les heures ayant précédé la localisation du frère cadet.

L’hypothèse d’une cellule dormante (dormant ou sleeper cell) avait pourtant été évoquée, très parcimonieusement, dès la nuit de lundi dernier, et par nul autre que le célèbre professeur d’économie Nouriel Roubini. Interrogé par Dylan Byers, du site Politico, il répliquait fort sobrement qu’il avait « ses sources ». En fait, initialement, le marathon de New York (annulé en raison de très violentes intempéries) aurait été visé, selon lui. Boston serait un « rattrapage » en quelque sorte.

Le Mirror ne cite pas nominativement ses sources, si ce n’est Kevin Brock, du FBI, qui a commenté que le voyage et séjour du frère aîné au Dagestan était « le principal fil des enquêteurs » pour dérouler la bobine. Les journalistes du quotidien britannique indiquent qu’un millier d’agents du FBI ont été déployés bien au-delà de Boston, Cambridge ou Watertown (résidence des frères ou localisation du rescapé).

D’un autre côté, Simon Saradzhyan, dans le Boston Globe, dans la nuit du 20 à ce dimanche 21, que les réseaux agissant dans le Caucase ou en Syrie ont pu se tourner vers les États-Unis en tant que cible après que l’Imarat Kavkaz (émirat ou califat du Caucase) ait été inscrit sur la liste des organisations terroristes. Doku Umarov, le porte-parole de cette organisation aux contours plutôt flous, a exclu avoir piloté ou incité à l’attentat de Boston. Simon Saradzhyan relève aussi que les deux frères n’avaient pas prévu de plan de cavale ou de repli, et que Tamerlan, interrogé par un quotidien, n’avait pas fait mystère de son adhésion à l’islam ou du fait qu’il se sentait plutôt étranger aux États-Unis. D’où la conclusion que les frères n’étaient pas vraiment instruits dans l’art et la manière d’agir ou d’obéir à un ordre impératif émanant d’une cellule quelconque.
Effectivement, les remarques du confrère et chercheur à Harvard n’ont échappé à personne. Le mode opératoire avant l’attentat (les deux frères ne se dissimulaient pas particulièrement, y compris aux abords de l’arrivée du marathon) puis après, laissent penser qu’il s’agit d’amateurs, déterminés toutefois.

Cela étant, tout est sujet à caution. Les deux frères pensaient peut-être pouvoir être récupérés et exfiltrés, mais l’opération, si elle était planifiée, aurait été soit annulée, soit inexistante (ils auraient été sciemment sacrifiés).

D’un autre côté, le cadet pourrait être déclaré « enemy combatant » et non pas simple criminel. Il ne lui sera pas lu « ses droits », il n’aura pas droit à l’assistance immédiate d’un avocat et de conserver le silence sans être sans relâche incité à s’expliquer le plus exhaustivement possible.

Combattant ennemi

Certes, les sénateurs républicains John McCain, Lindsey Graham, Kelly Ayotte ainsi que le représentant (député) Peter King avaient réclamé une telle classification avant même la capture. D’autres membres du GOP (le parti républicains) ont depuis appuyé leur démarche. Et cela s’est amplifié encore hier. Le sénateur Greg Ball considère qu’il faut utiliser la torture au besoin.
Les républicains ont-ils seulement trouvé ce moyen pour faire parler d’eux ou bénéficié de sources dans divers services pour estimer la mesure totalement nécessaire ?
Pour le moment, le prisonnier n’est pas en état de parler (car aussi blessé à la gorge) mais Miriam Conrad, du bureau des commis d’offices du Massachusetts n’exclut pas de désigner quelqu’un pour l’assister juridiquement. Le sénateur démocrate Carl Levin s’est prononcé pour le respect de la loi usuelle. Selon CBS, la police lui aurait récité rapidement ses droits lors de l’arrestation, quand il était encore capable de les entendre et comprendre, mais après avoir tenté de le questionner rapidement sur la présence éventuelle d’autres bombes, d’autres cibles, de complices.

En 2011, ce sont bien les services russes qui ont contacté leurs homologues américains pour signaler la dangerosité de Tamerlan. Mais si l’on en croit la version de la police, Dzhokar pouvait être tout autant déterminé. Son frère aîné descend de la voiture que le cadet conduit, tire sur les policiers (espérant sans doute mourir en martyr), et c’est au moment où il est presque maîtrisé et menotté que son frère fait demi-tour et en quelque sorte l’achève, souhaitant sans doute aussi renverser un policier qui s’écartera à temps. Par ailleurs, CBS spécule sur la blessure au cou du jeune frère : se serait-il en fait laissé mourir dans le bateau où il se dissimulait, s’est-il lui-même porté un coup à la nuque (CBS titre “investigators speculate” au sujet d’une blessure “self-inflicted”) ? Désir de mourir en martyr, ou volonté de se rendre incapable de dénoncer, renseigner, coopérer ? Selon CBS se fondant sur des informateurs, le jeune homme se serait placé un pistolet dans la bouche et aurait tiré… 

Nébuleuse d’Asie occidentale

Selon l’un des oncles de Tamerlan, Ruslan Tsarni, l’aîné aurait commencé à se radicaliser, au moins religieusement, dès 2009. Il tenait son oncle pour un « infidèle », déclarait cesser ses études car Allah l’aurait désigné pour… un mystérieux dessin. Ce serait un Arménien de Cambridge, ayant reçu une éducation catholique, récemment converti à l’islam, qui l’aurait influencé.

D’un côté il faut considérer qu’aux États-Unis, il n’y a pas que des cellules terroristes djihadistes qui peuvent fournir des détonateurs perfectionnés ainsi que leur mode d’emploi. De l’autre, il peut exister des groupes islamiques ou islamistes radicaux, pas forcément djihadistes ou disposés à passer à l’action, avec lesquels Tamerlan ou les deux frères, pouvaient être en contact.
D’où le questionnement sur la nature des interpellations par le FBI évoquées par le Mirror.

Généralement, la presse britannique, même la plus populaire (voire trash ou de caniveau, gutter), n’invente rien. Mais il lui arrive de formuler des assertions découlant de spéculations plausibles, mais non assurées, peu recoupées, pouvant être démenties par les faits. Toutefois, le titre n’est pas au conditionnel, il est bien question d’une cellule dormante d’au minimum huit ou dix individus (voire treize « à la douzaine »).

La presse américaine a bien émis l’hypothèse d’une cellule dormante, mais sur le mode interrogatif ou au conditionnel. Mais, dans de pareils cas, d’atteinte à la sécurité nationale, les journalistes américains sont enclins à garder sous le coude des informations qu’on les presse de ne pas exploiter pour ne pas ruiner une opération discrète ; cela peut sembler paradoxal, au vu des moyens mis en œuvre pour scruter le moindre détail, retourner toutes les pierres, mais cracher directement, immédiatement le morceau, même si Twitter pousse à le faire, c’est rare dans de tels cas.

Certes le FBI avait fait savoir qu’il ne souhaitait pas que soit évoqué l’état de santé du blessé. La presse se contente donc de répéter qu’il est sérieusement touché, ce qui est l’évidence. Mais il n’avait pas été donné de consigne nette sur la nature de ses blessures. Il avait d’ailleurs été divulgué à chaud qu’il avait perdu beaucoup de sang, mais cette information était plutôt une confirmation logique.

Twitter, justement, parlons-en. L’International Business Times poursuit son “live” (comme de rares autres sites de presse). La page VKontakte (équivalent majoritairement russophone de Facebook) du jeune Dzhorkhar (Djohar est son pseudonyme) reste active et inondée de messages. Même chose pour @J_Tsar sur Twitter, cela ne cesse pas. USA Today a sélectionné des messages, en cyrillique, à caractère religieux, prêchant la paix, le respect d’une interprétation pacifique du coran. D’autres sont au moins pire ironiques. Divers comptes Twitter que « suivait » le jeune homme ont été clos.

Informations trop parcellaires

Une cellule dormante, peut-être, éventuellement, mais de quelle nature et importance ? Il y a tout au plus un millier de Tchétchènes aux États-Unis, et la plus notoire, mais plutôt réduite, communauté se trouve dans l’agglomération de Los Angeles (en Europe occidentale, sur les quelque 70 000 réfugiés, la plupart se trouve en Autriche, puis en France et en Allemagne ou en Belgique).
Alors qu’une réfugiée mère de famille s’était immolée par le feu à Alicante en 2008 car elle était sous le coup d’une mesure d’expulsion avec ses quatre enfants, qu’il a été protesté contre des expulsions de familles tchétchènes en France, on ne peut dire que les Tchétchènes soient traités comme des Rroms ou discriminés selon des critères ethnicoreligieux particulier. Pas vraiment davantage que des Bosniaques musulmans.

Une cellule composite djihadiste ? De la région de Boston ? La police a été mise par les Internautes sur la piste d’au moins quatre suspects aussi sérieux au départ que fantaisistes et ne tient pas trop à ce que cela recommence. Au fait, la traque via les réseaux se déplace vers Denver (Colorado) où un rassemblement festif de fumeurs de cannabis s’est terminé tragiquement. Deux suspects non identifiés ont tiré dans la foule, provoquant un blessé très léger et deux graves.
Le FBI a fait savoir que Tamerlan semblait a priori davantage préoccupé par appuyer le djihad hors des États-Unis que d’autre chose. Pour rejoindre des « groupes clandestins » non déterminés.
Tamerlan avait été expulsé de la mosquée de Cambridge et du centre culturel de l’agglomération, l’Islamic Society of Boston Cultural Center, voici environ trois mois. Il avait injurié un imam lors de la cérémonie du vendredi car ce prédicateur donnait Martin Luther King Junior en exemple. Un roumi, un impie, se serait alors écrié Tamerlan : « ce n’est pas un musulman, comment pouvez-vous ? », aurait-il vociféré. Mais après son expulsion de la mosquée, il serait revenu prier calmement les vendredis suivants.
L’Islamic Society de Boston s’est fermement engagée à dénoncer des suspects… si elle en trouvait.

En tout cas, l’épouse et mère d’un enfant de Tamerlan, âgé de trois ans, ne semble pas impliquée. Certes, elle s’était convertie à l’islam, mais il semble qu’elle se soit réfugiée chez ses parents, un couple lusitano-italien, peu avant le départ de son mari pour la Russie. Une voisine très proche de l’appartement du couple (vivant aussi au troisième étage) a souvent entendu des cris, une femme répliquer véhémentement et un enfant pleurer, sans pouvoir affirmer que des objets étaient projetés ou des coups portés. Katherine Russel portait alors le hijab (tête et épaules), sortait souvent promener le bébé, mais semblait fuir les contacts avec le voisinage, évitant de converser trop longtemps.

Les fameux « complices » peu évidents

Ce n’est que vers 10 heures 30 (locales, 05:30 heure de Paris) que NECN a évoqué des arrestations d’immigrants à New Bedford (Mass), effectivement à 58 miles (une heure de route) au sud de Boston, sur la côte, et la baie d’Apponagansett, à hauteur de Fall River.

Cinq personnes auraient été interrogées, deux immigrés en situation irrégulière sont arrêtés. Les trois autres personnes relâchées auraient aussi été questionnées sur l’attentat de la capitale de l’État. Les cinq interpellés vivent dans le même petit ensemble d’Hidden Brook. Ce n’est pas très loin de l’université d’État de Dartmouth (six miles, une dizaine de km) ou le plus jeune des Tsarnaev étudiait, et logeait encore dans un dorm, et même participait à une petite fête, peu avant sa cavale. 

Le campus d’UMass-Dartmouth a été évacué vendredi, l’est resté samedi, les étudiants ne pouvant trouver à se faire héberger ont été conduits dans des hôtels, et la police reste très présente, procédant à des recherches.

De là à imaginer une cellule djihadiste à l’université, il y a comme un pas à se retenir de franchir jusqu’à nouvel ordre. Le New York Daily News (un tabloïd qui avait fortement « allumé » Dominique Strauss Kahn) vient de nommer Azmat et Diaz, coffrés à New Bedford, et amis du blessé.
Le NYDN y va fort en assortissant l’article d’une illustration : une plaque d’immatriculation fantaisiste de l’université avec l’inscription “terrorista #1” (terroriste numéro un). Mais aussi une photo de Diaz. Les deux jeunes gens ont aussi 19 ans et sont originaires du Kazakhstan.
En fait, la plaque d’immatriculation est celle de la BMW noire de l’un des deux jeunes gens. Sont-ils vraiment des amis ou de simples connaissances de Djohar ? Ce serait non point le FBI, mais l’Immigration and Customs qui aurait procédé aux arrestations pour présence illégale sur le territoire, a déclaré un officiel. Mais il est possible que le FBI ait procédé aussi aux interrogatoires.
Certes, une telle plaque d’immatriculation ne fait guère « bon chic, bon genre » (surtout, pour des sans papiers, c’est franchement stupide).

Les similitudes avec l’article du Mirror sont nettes, d’autant plus que le NY Daily News indique qu’une jeune femme a été escortée par des fonctionnaires vers une voiture munies de plaques diplomatiques. Les plaques de l’État se fixent à l’arrière, libre à quiconque d’orner l’avant avec une plaque de son choix ou invention. Au-dessus de la plaque arrière, près du macaron, les jeunes gens avaient collé une décalcomanie « Fuck you » (un expletive, comme on dit, qui se traduit par va te faire voir ou tout autre chose que les Grecs n’aiment pas trop entendre en français).
Plaisanterie puérile, provocation plus idéologique que criminelle ? C’est peut-être cette plaque qui est à l’origine d’un signalement par une ou un citoyen bien intentionné. En fait, le 15 mars dernier, Dzhokhar avait publié la photo de la BMW et de la plaque, sans préciser le lieu exact de la prise de vue.

Boston.com donne des précisions sur le lieu (un appartement sur Carriage Drive) qui aurait pu accueillir occasionnellement Dzhokar A. Tsarnaev.  WCVB Boston montre des policiers en treillis militaires (avec lunettes de vision de nuit sur le casque) escortant un autre en civil ayant menotté une jeune femme brune montrée de dos (qui ne porte pas de voile). Les policiers seraient des membres du SWAT, selon le New Berford Standard Times. Le Bomb Squad est aussi intervenu… sans doute à tout hasard.

En dépit de l’inventivité (présumée, car, allez savoir au juste ?) du Mirror, il est quand même beaucoup trop tôt pour évoquer une cellule dormante d’une douzaine de membres. Ou alors, le quotidien britannique a des informations privilégiées que la presse nord-américaine n’aurait pu obtenir. Cela parait bien incertain.

Tant les motivations que les éventuelles ramifications terroristes des deux frères restent donc pour le moment énigmatiques. Et il n’est pas du tout sûr que le jeune captif puisse ou veuille donner des explications détaillées ou crédibles.

À Cambridge, un appart’ banal

Remarquons que la thèse de la cellule est contredite par divers faits. Notamment celui que le frère aîné ne vivait vraiment pas dans le luxe. Quant à la vocation au martyr, tel que d’autres groupes financés de l’extérieur la conçoivent, elle n’est pas évidente ; souvent, avant de passer à l’action, suicidaire surtout, c’est la nouba, avec des filles, de bons repas (à défaut d’alcool et de cigares).

Le Daily News a obtenu dont ne sait trop qui (mais on soupçonne des policiers, bêtement, hein) des jeux de photos « exclusives » de l’intérieur de l’appartement de Tamerlan, à Cambridge.

Si le cadet s’était offert des chaussures de luxe, pas vraiment l’aîné. Son luxe apparent, c’était ses paires de gants de boxe. La porte d’entrée de l’appartement est en contreplaqué. Pas de serrure sophistiquée, de blindage pour résister à une intrusion policière au moins quelque temps, celui de détruire des documents compromettants. À moins, à moins… que cette porte, provisoire, ait été posée par la police après avoir fait sauter la précédente.

Cela semblait être assez désordre, même avant la fouille des lieux. Pas d’appareils sophistiqués, ou flambant le neuf. Cela étant, Cambridge, ce n’est pas la banlieue pourrie, bien au contraire, et l’immobilier y est cher.

L’occupant n’était sans doute pas très soigneux, ni riche, mais vivait somme toute décemment.

Tamerlan avait été l’ami d’un certain Brendan Mess, présenté comme tel à l’entraîneur du club de boxe de l’aîné. Brendan Mess avait été retrouvé mort, ainsi que deux autres amis, poignardés dans son appartement de Waltham. Peut-être s’agissait-il d’un triple crime lié au trafic de marijuana, mais ce n’est qu’une hasardeuse hypothèse. C’était en septembre 2011, aucune piste n’est privilégiée.

Peu de rapport apparent avec des attentats, en tout cas. Mais cela n’empêche pas qu’une amorce de théorie du complot ait déjà été plaquée sur les événements. Un compte Twitter de CBS a semble-t-il été piraté. Il y a eu un message clamant que les autorités américaines « dissimulaient le réel coupable de l’attentat de Boston ».

Un commentateur et conférencier, Gerald A. Honigman, sur un site anglophone proche d’Israël (Israel National News), lève un vrai-faux ou faux-vrai lièvre. Dans un premier temps, un Saoudien avait été recherché dans le cadre de l’enquête sur l’attentat. « Il a été promptement expulsé vers l’Arabie saoudite ». Ce qui, implicitement, laisserait entendre que des Saoudiens y seraient peut-être pour quelque chose, mais « couverts » par les autorités américaines.

En Belgique, le Het Nieuwsblad Op Zondag cite une source des services de sécurité qui s’inquiète des 11 000 Tchétchènes vivant outre-Quiévrain. Il se trouverait des extrémistes parmi eux, notamment à Anvers. En 2011, un Tchétchène de Liège, un jeune de 25 ans, avait envisagé un attentat contre le quotidien danois Jyllands-Posten (à la suite des caricatures de Mahomet). Il a été condamné à douze ans de prison. En novembre 2010, trois Tchétchènes de Belgique avaient été soupçonné d’appartenir à des organisations terroristes. « Il n’y a pour l’instant aucune preuve concrète de risques dans notre pays », mais la vigilance s’impose, conclut le quotidien flamand.

Ah oui, j’oubliais. Qatar Airways desservira directement Boston depuis Doha, quand ses Boeing Dreamliners seront rôdés. Oui, et quoi ?

Le cadet des Tsarnaev serait toujours conscient, aux dernières nouvelles, et semblerait comprendre ce que le personnel soignant lui dit. Eh bien, attendons… de voir s’il s’en sort, et est disposé à écrire s’il ne peut parler du fait de sa blessure à la langue. En fait, il pourrait rester muet, sans appareillage, à tout jamais.

Épilogue provisoire, les séries de télévision violentes étaient la tasse de thé du plus jeune des frères. Du coup, la presse les cite, pour le plus grand bonheur d’attachés de presse. Breaking Bad tient la corde.
Au fait, vous croyez que le Mirror aurait changé d’un iota son spectaculaire papier sur la cellule dormante ? Que nenni. Pas une ligne. Pas de réécriture même légère. Ils ont les prénoms, la nationalité, &c. Mais ils maintiennent un « les autres seraient aussi des étudiants de premières années » (of college age). De plus, depuis, le maire de Boston a bien de nouveau fait état d’un autre engin explosif trouvé, et d’une autre arrestation, lors du quadrillage de Watertown et Cambridge. Mais ce ne serait qu’une coïncidence. Cela ne vaut-il pas un soupçon de précision ? 

Des deuxièmes Merah

En commentaire sur le site du Mirror,  un habitué, Jim Bunion, fait des deux Tchétchènes des frères Merah (enfin, deux des… voire une mère et une sœur). Soit des infiltrés, des agents doubles, travaillant pour le compte conjoint des services américains et saoudiens, comme on l’a supposé, côté français et services, de Mohamed Merah. Mais les agents doubles se radicalisent tout seuls. Bunion fait état d’un étudiant saoudien aux mains plus que roussies sur le site de l’attentat et que le FBI aurait exfiltré fissa, direction l’Arabie saoudite. Le prince al-Faisal serait venu dare-dare à Washington rien que pour cela.
Rafael Zavala considère aussi que la fameuse cellule dormante est en fait une émanation du FBI.

Je la sentais venir, la théorie du complot, je subodorais, mais là, elle monte autant que la présumée odeur de cordite (ou d’on ne sait quoi) émanant des paumes du mystérieux étudiant saoudien. Sauf que, il y a des variantes, avec l’inévitable Mossad.
Il s’est trouvé deux commentateurs, Trystan Venable, Chris Lynch, pour mettre en doute l’existence de la fameuse cellule que pratiquement tout le reste de la presse internationale ignore superbement.
Charitablement, je ne cite pas qui avance que Boston a la plus large concentration de Tchétchènes de tous les États-Unis (totalement erroné).

Bon, voici la source de la théorie des agents doubles : DebkaFile.

Quand je pense que Come4News rétribue si peu, finalement, je me demande si, en versant dans le complotisme, hein ? Les frères auraient de longue date reçus des bourses ou des aides pour les préparer à leur mission… Le FBI a révélé les photos des devenus suspects tout d’un coup tout en les connaissant parfaitement. « Nos sources » (tout aussi anonymes que celles du Mirror), disent qu’on ne connaîtra jamais vraiment la vérité vraie (pratique). Ensuite, on nous sert une liste de précédents, agents infiltrés, se retournant, mordant la main (les mains) qui les nourrissai(en)t. C’est bien la preuve que…
Quel talent, quand même !

C’est aussi beau que les rappels à la bible, qui annonce l’avenir mieux que Nostradamus. Tout était écrit, il suffit de savoir lire. Ben tiens. 

Une autre théorie intéressante. Le FBI n’aurait pas réussi à échanger les vraies bombes contre des factices.

Ah oui, par ailleurs, il ne suffit pas que le captif soit peut-être mutilé à vie. Le sénateur Chuck Schumer veut que la peine de mort soit automatiquement appliquée. C’est un démocrate. Les démocrates ne veulent pas paraître des « ventres mous » ; enfin, certains. Le Japan Times embraye sur ce thème. C’était une incidente. Mais le magnat Donald Trump en remet une couche sur Tweeter : procès ultra-rapide, chaise électrique dans la foulée. Mais pourquoi un procès ? Il suffirait de le priver de la couverture de l’Obama Care. Que ses parents se cotisent pour régler la facture. Toujours d’une rare élégance, le Donald Trump.

Et revoilà la tante…

Dans la famille Tsarnaev, je voudrais… la tante, l’autre. Elle précise à présent divers points. Selon elle, l’aîné des frères voulait tout simplement rester en Asie centrale, à étudier paisiblement le coran. Mais son père lui a enjoint de retourner aux États-Unis (histoire de s’occuper du cadet, des deux sœurs, d’envoyer un peu de monnaie, on ne sait). Il s’agit cette fois de Patimat Suleimanova, 62 ans, qui se trouve dans la capitale du Daguestan, comme la mère et le père.
C’est une tante par alliance (mariée au frère de la mère des deux jeunes gens). Comme la sœur de la mère, à présent au Canada, cette tante ne croit pas à la version télévisée retransmise par des chaînes locales. Pour Patimat S., c’était un kamikaze, un commando-suicide d’un seul homme, qui aurait réellement fait le coup. C’est Bloomberg (ou plutôt des journalistes russophones) qui relaie ces déclarations.

Aurait-on « briefé » un ex-directeur adjoint de la CIA, Philipp Mudd, qui, sur Fox News, déclare que les attentats lui évoquent l’affaire de la Columbine High School (au Colorado) ? Il s’agissait vraiment d’amateurs, pas du tout formés à la tâche. Al Qaeda est dédouanée du côté opérationnel. « Ce sont plus des meurtriers que des terroristes » (entendez, professionnels).

Gênant pour qui voudrait leur conférer le statut de combattant ennemi. En tout cas, plus personne n’évoque des détonateurs perfectionnés.

Voilà que le sénateur républicain Michael McCaul – mais qui lui concocte donc sa revue de presse ? – qui contredit la « nouvelle » tante. L’aîné des frères aurait reçu entraînement et endoctrinement en Russie (au Daguestan, aux alentours). C’est sur CNN. Est-ce une manière de suggérer que le FBI d’Obama n’est vraiment pas à la hauteur de celui des Bush ? C’était encore mieux avant, du temps de Nixon ou Reagan…

Les séparatistes tchétchènes voient davantage un coup fourré des services russes.

Distanciation

On apprend que Tamerlan appréciait le hip-hop ? Un certain TI (connais pas…), ou Tip, fait mieux que les oulémas, imams, &c. Non, non et non, le hip-hop est un art qui prêche la paix, la fraternité, et ne saurait inciter à des actes violents. D’ailleurs, TI prie pour les familles des victimes.
Tous les rappeurs vont bientôt embrayer : le rap, cette mélodie d’amour… cette élévation de l’âme… ce mélodieux susurrement qui apaise les cœurs et les esprits… Nous, incitant à la violence ?
Mais c’est tout le contraire. On l’évoque, c’est tout, mais on ne balance pas autre chose qu’un message d’amûûr, cessez, médias, cet odieux et ridicule amalgame.
Les concertistes de l’Opéra de Boston n’ont pas répliqué, mais cela ne saurait trop tarder.

Le Times of India reprend l’un des angles de Cockburn (voir les commentaires d’actualisation) avec un titre inspiré par l’American Civil Liberties Union (Aclu). Les frères Tsarnaev ont saboté aussi les libertés civiles et les droits de l’Homme. Tout va être encore davantage scruté, les minorités harcelées.

Le sénateur Greg Ball (qui en a… des balles qui déchirent grave) réitère son plaidoyer pour l’emploi de la torture. Assez pour qu’il s’accuse de l’assassinat de John F. Kennedy et d’Abe Lincoln que son aîné ne portait pas trop dans son petit cœur sentimental ?

Sarah Kendzior, d’Aljazeera, entre dans la danse. Les médias ont mal représenté les Tchétchènes en général. Les Arabes, et ceux qui leur sont assimilés hâtivement, sont les nouveaux Noirs des États-Unis. Ou de vilains rappeurs. Ou des Juifs viennois (nous sommes tous des Juifs viennois) lors d’une « période de notre histoire qui… ». C’est remarquablement bien rédigé, érudit, et se termine par « ne jugez pas ces deux hommes à l’aune de la provenance de leurs ancêtres ». Elle est anthropologue, Sarah Kendzior, de Washington U., et semble en avoir autant et plus dans la tête que Greg Ball plus bas.

Le chef de la police de Boston dit clairement ce soir (à Paris, du moins, mais sur CBS à l’heure locale) ce que j’écrivais sur Come4News hier ou avant-hier : les deux frères allaient sans doute récidiver. On se sent mieux quand une autorité, un « expert » (je ne sais s’il est élu ou désigné par le maire), corrobore vos évidences.

Le rôle du FBI : assez énigmatique

Selon « une source policière » située au Daguestan, une demande de renseignement sur Tamerlan aurait adressée aux États-Unis en novembre dernier, voici un semestre. Elle découlait du fait que Tamerlan aurait rencontré et conversé avec un militant suspect une demi-douzaine de fois dans une mosquée surveillée. Un premier signalement de provenance russe avait été reçu par le FBI en 2011. Ce premier signalement avait donné lieu à une enquête, mais non, semble-t-il, le suivant. 

Certains détails finiront par émerger, mais certainement cette nuit.
La vie a repris à Boston, l’université de Dartmouth rouvre ses portes, et demain sera encore un autre jour.

Mais, ah, aux dernières nouvelles, le plus jeune frère répondrait pas écrit aux questions des enquêteurs. C’est ABC qui l’affirme. Vous ne m’en voudrez pas, mais il se fait 02 heures, ce lundi, heure de Paris, et là, ben, je vais prendre du champ, et enfin du sommeil.