L’Allemagne et la France sont comme deux sœurs dont la relation est jalonnée de hauts et de bas. Une liaison partagée entre haine et amour, l’un étant souvent associé à l’autre. Deux femmes jalouses, se déchirant pour savoir qui est la plus remarquable, un mauvais geste et c’est la guerre. Des conflits meurtriers tuant leurs enfants, provoqués par des partenaires d’un jour et des alliances d’un moment, profitant de l’occasion pour les monter l’une contre l’autre. Même si leurs sentiments sont brouillés, elles sont historiquement liées par des racines très fortes. Après des flots de haine et la volonté manifeste de s’anéantir mutuellement, les deux pays fêtent cette année le cinquantième anniversaire d’une amitié retrouvée.


Tout commence en 1958 quand le général De Gaulle invite très loyalement le chef d’état Ouest Allemand, Konrad Adenaeur, à une réunion à Colombay les Deux Eglises, une forme de mise ne bouche au traité de l’Elysée qui sera paraphé 5 ans plus tard. Ainsi, le 22 janvier 1963, dans le salon Murat du palais présidentiel, Charles de Gaulle et le chancelier allemand,  signent le document devant sceller le début d’une longue amitié. Un geste mémorable quand on se rappelle que 20 ans plus tôt, les deux armées s’écharpaient sur les champs de bataille.


Années après années, présidents après présidents, chanceliers après chanceliers, cette fraternité a été cultivée. En 1963, afin de préparer les jeunes générations à s’aimer et se comprendre plutôt que de s’occire, on crée l’Office Franco-Allemand de la Jeunesse, qui permettra à plus de 8 millions de jeunes de participer à 300.000 échanges éducatifs.  En 1972, Georges Pompidou et Willy Brandt se lancent dans des projets communs, Airbus, satellites de communication et ouverture d’établissements d’éducation mixtes. Une entreprise améliorée avec la création de l’Abibac, un diplôme aussi bien valable en Allemagne qu’en France puis en 1999, avec l’inauguration d’une université franco-allemande. Une collaboration, dans le bon sens du terme, concernant également le domaine bancaire quand VGE et Schmidt posent les bases du Système Monétaire Européen. L’entente est sublimée en 1984 quand, François Mitterrand et Helmut Kohl se sont donnés la main à Douaumont sur la tombe du soldat inconnu lors d’un hommage aux victimes de la Première Guerre Mondiale aux rythmes des deux hymnes joués successivement. Une image si forte qu’elle a été tournée en dérision par une chaîne gay il y a quelques années. 


En 1989, on va encore plus loin dans le symbolisme avec la mise en place d’une brigade binationale basée en Allemagne où vivent 200 soldats. Puis en 1994, les survivants de la Seconde Guerre Mondiale ont dû ressentir une impression étrange quand ils ont pu apercevoir des militaires allemands parader sur l’avenue des Champs Elysées à l’occasion du 14 juillet où ils étaient les invités d’honneur. Deux ans auparavant, dans le milieu des médias, français et allemands ont pu désormais travailler ensemble grâce au lancement de la chaîne Arte, un canal ayant pour mission de véhiculer la richesse des deux pays. Une mission qui reçoit le soutien de l’Elysée avec l’accréditation d’un fond visant la promotion de toute forme de Culture et le rapprochement des deux nations.


L’amitié franco-allemande se manifeste également par le jumelage entre communes, départements ou régions. Une initiative pensée et entreprise par le maire de Montbéliard qui noua un lien entre sa ville et Ludwingsburg en 1950, mais cela sera officialisé seulement en 1962. L’idée est simple, rapprocher les deux peuples au niveau local est la meilleure façon de renforcer cette cohésion. Le jumelage c’est également un cadre qui permet d’entreprendre des partenariats, tout d’abord cela était sportif, culturel et scolaire, mais ensuite cela est devenu économique, social et financier. Aujourd’hui, on dénombre plus de 2000 communes françaises jumelées avec des villes allemandes, soit 2 fois plus qu’avec les britanniques.


Le 6 juin 2004, 60 ans après le Débarquement en Normandie, Jacques Chirac accueille le chancelier Schröder pour célébrer ensemble l’évènement. Lors d’un discours, le chef d’Etat outre-Rhin remercie la France de l’avoir remis dans le droit chemin de l’Histoire, une façon de reconnaître que son pays s’était égaré lors d’un âge sombre bercé par la haine et que, sans sa sœur géographique, il n’aurait pas pu se guérir et se redresser. Elle a pu tellement se remettre de cette blessure qu’elle en est devenue la maîtresse de l’Europe. Elle a su mettre les bouchées doubles pour reprendre une place hégémonique au sein de l’Union, une accélération soutenue un temps par les Etats-Unis pour endiguer l’expansion de l’empire soviétique.


L’Allemagne mène la danse, elle s’est muée en modèle à suivre, tous les pays plongés dans le marasme économique souhaitent lui ressembler mais le revers de la médaille est bien sombre. Deux millions de temps partiel, leur proportion a bondi de 33% en quelques années, tout comme celui des bas salaires, 40% des travailleurs gagnent moins que le SMIC, 70% des chômeurs vivent sous le seuil de pauvreté, 12 millions de personnes sont considérées comme tel, 1% de la population se partage 25% des richesses et pour finir, un dernier chiffre, le salaire mensuel moyen a augmenté de 7.4% entre 2000 et 2010, en Allemagne alors qu’en France, il l’a été de 10.8%. Le maître tire des casseroles que les élèves ne devraient pas voir.


Entre France et Allemagne, il y un jeu d’admiration et de rejet, on aime se haïr mais on hait se détester jusqu’à s’entretuer. Allemands et français c’est un peu la froideur et le pragmatisme protestants contre la chaleur impulsive latine, deux courants contraires qui s’attirent comme les pôles d’un aimant. Entre les deux, il ne peut pas exister une osmose parfaite, une certaine rivalité restera en permanence sous-jacente, à l’image d’un match amical France-Allemagne qui, dans les codes, ne reste jamais vraiment une partie de plaisir.