Obsolescence programmée, préavis de mort


Un manga racontait une histoire troublante, elle narrait l’inquiétant quotidien d’un fonctionnaire chargé d’adresser des préavis de mort aux familles des futures victimes. 

En effet, une loi stipulait que tous les enfants entrant à l’école devaient se faire vacciner. Cependant, le vaccin entraînait, chez un enfant sur mille, une mort programmée à l’avance par des bureaucrates aux cranes dégarnis. Heureusement tout cela n’était que de la fiction, un conte né dans la tête d’un mangaka inspiré, par contre, nos machines semblent touchées par ce fléau. Une fin de service minutieusement prévue par les constructeurs afin de faire tourner les billets. Cela s’appelle l’obsolescence programmée, un terme technique qui a fait grand bruit dans les médias, il y a quelques jours. 

L’autre nom de ce phénomène inquiétant, qui touche nos machines, c’est la « désuétude planifiée ». Elle définit toutes les manigances des constructeurs pour réduire la durée de vie des objets, notamment ceux de l’informatique et ceux de l’electro-ménager. Une habile stratégie pour que les clients refassent un tour à la caisse, ils se métamorphosent en véritables vaches à lait. Le pire c’est que cela fonctionne, à croire que l’on aime qu’on nous malaxe les pis dans un plaisir masochiste. Là où ça doit être brillant pour les constructeurs, c’est qu’il faut agir en finesse. Si les objets d’une marque tombent trop souvent en panne, c’est sa réputation qui en prend un coup et les (pigeons) consommateurs iront voir ailleurs en faisant jouer la concurrence.

Le bon côté de cette obsolescence, c’est qu’elle permet des innovations techniques. Il faut savoir vendre des nouveaux produits censés être plus performants, plus aboutis que la machine qui nous a laissé tomber. Je dis bien "censé" car dans la pratique cela ne se fait pas toujours. Il suffit de voir le nouveau joujou d’une marque que l’on ne citera pas (mais dont le logo est un fruit apprécié), qui se contente de sortir des objets un iota plus rapide, un peu plus grand et un peu plus léger, un véritable gadget, mais attention, à en croire leur dire "c’est une révolution !"

L’obsolescence programmée a des conséquences graves sur la planète. Les constructeurs, en agissant de la sorte, n’ont aucune considération envers l’environnement et l’impact écologique. Ils manifestent un égoïsme monétaire face à altruisme planétaire et dans ce triste combat, c’est toujours le premier qui gagne. A force de jeter des objets, cela créer des amas d’ordures remplis de produits polluants. Ils gisent dans des décharges à ciel ouvert, si ce n’est pas dans la nature, sur de la pelouse ou entre deux arbres. Une défaillance due aux organismes gérant le tri des déchets et le recyclage. Ces derniers n’ont pas la charge de l’emmagasinage de ce genre de débris. Ces détritus encombrant sont exportés dans des pays où les coûts de stockage sont moindres, des pays assez pauvres en général comme l’Inde ou Brésil. Le comble, c’est que parfois ces objets peuvent encore fonctionner mais on s’est séparé pour répondre aux sirènes du diktat de la mode. Pis encore, quand on sait qu’il y a à l’intérieur des matières premières à grande valeur marchande ( fer,aluminium, tantale, métaux rares tels que lithium, béryllium, zirconium,  hafnium,  germanium, gallium). Des matériaux extraits selon de procédés nocifs pour l’environnement. 

Il est loin le temps où on s’équipait en électro manager pour plusieurs générations. La cuisine dotée de sa machine à laver, de son frigo ou encore de son grille pain, prêts à servir au quotidien. Des outils qui voyaient les enfants grandir, partir du cocon familial et assistaient au passage à la retraite des parents. Dans le temps, on ne faisait peut être pas dans le high-tech mais cela durait. Ce n’est pas l’ampoule de la caserne de pompiers de Livermore qui dira le contraire. Elle continue de briller depuis 1901, certes de façon moins ardente avec l’âge. 

Ne généralisons pas, car des industries vont à contre courant. On peut noter que Michelin développe des pneus increvables pour ces vélos. Pour l’instant ces bijoux coûtent 1400 euros mais les prix devraient rapidement baisser et cette technologie s’adapter aux pneus des voitures. Les batteries seraient aussi concernées. Selon les chercheurs, il serait possible de créer une pile rechargeant les batteries, voire aux mieux, un générateur véhiculant du courant sans coup férir, à l’infini. Car le coeur de nos machines préférées est souvent faible, elles sont cardiaques et parfois, il y ait  impossible d’y placer un pace-maker. Par exemple, avant chez cette marque au fruit, ressemblant plus à une secte dirigée par un gourou au col roulé, les batteries ne duraient pas plus de 18 mois, sans possibilité de les faire réparer. Elles étaient indémontables, une fois le téléphone mort, il passait à la poubelle. 

L’obsolescence programmée est régie selon la logique mathématique : un produit acheté =  un produit à racheter. Une équation faisant fonctionner la société de consommation dans laquelle nous nous noyons et rien n’est vraiment  fait pour que l’on fasse durer les produits. Toutefois, une nouvelle mode vient perturber cette formule, la transformant en inéquation, ce sont les échoppes des réparateurs, des brocanteurs, des mécanos du dimanche, qui fleurissent un peu partout.  

L’obsolescence n’est pas l’apanage des produits électriques. Les ampoules étaient à la base censées  éclairer pendant 100.000 heures, soit près de 11 ans, puis en 1925, un accord commercial entre les différents acteurs du marché de l’ampoule ont réduit sa vie de 100 fois, nécessitant alors un renouvellement de nos luminaires toutes les 1000 heures, soit 41 jours. Chez les constructeurs d’imprimantes également, ils mettent des puces auto-dé-régularisantes dans leurs cartouches d’encre pour les détruire de l’intérieur, une forme de cheval de Troie en quelque sorte. Puis les vêtements, un petit de défaut de couture, puis  vient la grande déchirure  rendant la chemise, le pantalon ou bien les bas nilon, immettables. Dans une époque où les CDI se font de plus en plus rare et inversement, les CDD de plus en plus nombreux, les objets de la vie courante suivent cette même voie. La différence, dans ce cas, c’est que la date butoir ne nous est pas communiquée.