Agences de notation : quand conflit d’intérêts rime avec manipulation

Devenues incontournables dans les médias depuis la crise financière de 2008, les agences de notation – principalement américaines – font et défont la destinée des entreprises, souvent sur fond d’attaques boursières et, parfois, de conflit d’intérêts. Bienvenue dans le grand bain.

« Moody’s abaisse la note de », « Fitch Ratings déplore que », « Standards & Poor’s attribue la recommandation négative à »… Les articles de la presse économique s’appuient très souvent sur les « analyses » des agences de notation. Dernière en date, Moody’s dégradant Casino, la valeur européenne la plus attaquée par les fonds vautours, jugeant l’endettement trop élevé, mais ne tenant opportunément aucun compte des efforts de désendettement réalisés en 2019. Un train de retard, mais une opportunité renouvelée de parier sur la baisse du cours pour certains fonds d’investissement aux aguets.

Les chefs d’entreprise concernés frémissent toujours à l’annonce des nouveaux classements. Pourtant, de nombreuses voix – souvent institutionnelles – remettent en cause l’omnipotence de ces agences qui peuvent faire chuter le cours d’une action d’un claquement de doigt. Souvent, les pratiques et le timing soulèvent quelques questions.

Les gendarmes des marchés veillent

La récente condamnation de Fitch* à 5,1 millions d’euros d’amende pour conflits d’intérêts est l’arbre qui cache la forêt. Car les exemples sont nombreux, fragilisant la confiance de nombreux opérateurs économiques. Ces derniers n’ont pas la mémoire courte, et se souviennent que toutes ces grandes agences avaient collé leur fameux triple A à des produits bancaires toxiques en 2007-2008. Non, les notations ne sont pas paroles d’Evangile. C’est en tout cas la conclusion que l’homologue américain de l’ESMA, la SEC (Securities and Exchange Commission), a tiré de l’affaire Moody’s en août dernier. Dans ce dossier, la SEC a, pour la première fois de son histoire, poursuivi une agence « pour ne pas avoir clairement défini son processus d’évaluation et de ne pas l’avoir appliqué uniformément ». Coût de l’amende : 16,25 millions de dollars.

Cette affaire est d’ailleurs particulièrement instructive. Moody’s a en effet été condamnée à deux titres : pour un manque constaté dans le processus de contrôle de l’évaluation de produits financiers disponibles sur le marché américain, mais aussi pour l’absence de définition de certaines classifications. « Les agences de notation jouent un rôle essentiel pour nos marchés financiers et doivent avoir des procédures de contrôle efficaces sur leur processus de notation, a alors réclamé Antonia Chion, directrice associée de la division Mise en application de la SEC. Des manœuvres manipulatrices et trompeuses compromettent l’intégrité de nos marchés. La sentence d’aujourd’hui témoigne de notre engagement de dénoncer des manœuvres transnationales souvent sophistiquées utilisées par certains investisseurs. » Derrière les « manœuvres », le gros mot est lancé : manipulation.

Qui dit conflit d’intérêts dit (souvent) ventes à court terme et à découvert

Conflit d’intérêts et ventes à court terme : sur les places financières, les deux phénomènes vont souvent de pair avec, dans le pire des cas, des cas de délit d’initiés avérés. Tout commence par une attaque boursière menée par un ou plusieurs shortsellers – vendeurs à court terme. Le processus de ces ventes à découvert est simple : un fonds d’investissement achète (ou emprunte) un nombre X de l’entreprise qu’il attaque, puis les revend à un tiers, étant convaincu que le cours de l’action de l’entreprise concernée va chuter. Le fait intéressant se produit ensuite : immédiatement après certains mouvements de vente à découvert massifs, entre en piste une agence de notation qui plombe l’entreprise en annonçant un abaissement de la note. Plusieurs explications à cette coïncidence viennent à l’esprit : soit l’agence de notation s’est alarmée d’un volume inhabituel de ventes à découvert, une hypothèse peu réaliste compte tenu des délais de rédaction de notes d’analyse ; soit, parmi les vendeurs à découvert, certains ont été informés de la teneur de l’analyse avant publication…  Quoi qu’il en soit, le cours dévisse ensuite, les fonds rachètent alors les titres en question à un niveau inférieur, empochant la différence. Plus le titre dégringole, plus le bénéfice est grand.

En octobre dernier, les patrons français ont d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme auprès de l’AMF (Autorité des marchés financiers). Cette pratique, à la limite de la légalité, a fait sortir de ses gonds le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux. Ce dernier n’a pas mâché ces mots, considérant les ventes à découvert comme « agressives » et « choquantes ». Les risques de collusion sont évidents, la synchronisation des attaques étant plus que suspecte. Ces deux dernières années plusieurs entreprises françaises en ont fait les frais à plusieurs reprises, comme Danone, Casino, Safran ou SFR.

Méthodes trop opaques, conflit d’intérêts et risques de délit d’initiés : les agences de notation se doivent d’être plus transparentes. « Alors que les notations sont censées émettre des opinions indépendantes, les régulateurs en ont fait un instrument de régulation, notent Aline Darbellay et Frank Partnoy dans leur publication Agences de notations et conflits d’intérêts (2012). En ce qui concerne la notation des dettes de société, les conflits d’intérêts sont relativement sérieux, étant donné les agences de notation sont généralement payées par les émetteurs devant être notés. » Ou, dans l’autre sens, par des entreprises désireuses d’affaiblir un concurrent…

(*) http://www.lefigaro.fr/flash-eco/l-agence-de-notation-fitch-condamnee-a-5-1-millions-d-euros-d-amende-20190328

Les agences de notation, une réponse à RUI

"Les agences ont donc raisons de dire stop à cette politique d’endettement ! Elles bloquent mais elles ne disent pas ce qu’il faut faire ! CAR CE QU’IL FAUT FAIRE RELEVE DES GOUVERNEMENTS" écrit RUI

 

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Ce texte pourrait donner à penser que les agences de notation n’ont pas un à mot à dire dans la politique économique adoptée par les Etats, ce qui est tout à fait faux. Certes, ces agences peuvent se tromper en ne voyant rien venir, comme dans le marché des subprimes américains, mais je pose la question : qui a vu venir la crise liée à ce marché, mis à part un très petit nombre de personnes, comme l’économiste Nouriel Roubini ,docteur en économie et professeur à Harvard?

 

Les agences de notation sont craintes des gouvernements pour la simple et  bonne raison qu’un abaissement de leur note se traduit par une baisse immédiate du titre concerné à la bourse des valeurs; baisse qui, dans le cas des titres associés aux dettes souveraines, a pour effet de faire monter les taux d’intérêt sur ces titres, ce qui enchérit d’autant le montant de la dette contractée par le débiteur. Et comme ces intérets seront payés, ou bien par des impôts, ou bien par de nouveaux emprunts que ne feront qu’empirer la situation, ou bien encore par une baisse des dépenses, et donc des coûts –  toutes choses égales par ailleurs –  des entreprises ou des sociétés endettées (Etats compris), plus un pays a la sagesse de ne pas vivre au-dessus de ces moyens, plus il trouvera, sur le marché des capitaux, les fonds nécessaires pour financer sa croissance. Inversement, moins un pays aura cette sagesse, plus il sera prétérité, dans son developpement futur, par des taux d’intérêt trop élevés.

 

Ceci étant, on ne doit pas passer sous silence le fait que les agences de notation peuvent être influencées, dans leurs notations, par d’autres considérations (politiques notamment) que la simple évaluation, sur la base de critères plus ou moins objectifs (car rien ne l’est complètement dans le monde des affaires) des sociétés qu’elles se proposent de noter, en bons flics du marché qu’elles sont.

 

Si donc on a le droit de taper sur ces agences, mis à part le fait qu’elles se comportent, c’est vrai, comme des roitelets en dictant à des élus du peuple, eux qui ne sont pas élus du peuple, de faire ceci ou cela, c’est lorsqu’elles donnent des notes différentes à des sociétés privées ou à des Etats qui présentent le même profil, ou plus ou moins le même profil, une fois celui-ci mesuré à l’aune d’un certain nombre de  critères qui tous reposent sur l’économie ou la finance.

Ceci dit, le jour où les marchés financiers cesseront de réagir aux changements de notes attribuées à tel ou tel par les agences de notation, celles-ci auront perdu leur raison d’être.

Claude Gétaz 

La mascarade du triple A,

des agences de notations, et de Sarkozy.

Depuis le temps que l’on entend cette mise en condition, la France va perdre son triple A, elle sera même dégradée de deux crans, un de plus que l’Allemagne et des autres triple A. Leurs conclusions ne sont pas sans reproche, et leurs erreurs ou leurs favoritismes sont sujets à des critiques qui entament leur crédibilité, même si elles se tarent de toute impartialité. La dégradation de la note Américaine le 06 août 2011 par Standard & Poor’s fit apparaître à la suite du contrôle du trésor Américain une erreur de 2.000 milliards de dollars dans les prévisions budgétaires. La foudre s’abattit sur les marchés mondiaux, les États-Unis venaient de perdre leur triple A qu’ils avaient depuis 1941, le monde eu peur. Mais rien n’y fit l’erreur de 2.000 milliards de dollars de l’agence fut maintenue.

Il faut savoir qu’une agence de notation à pour but de prévoir à court terme l’évolution de la structure financière qu’elle est chargée d’étudier. Évolution qui tient compte d’un ensemble de paramètres comme la dette, les possibilités de croissance, le carnet de commandes, le potentiel industriel d’une société et les conditions sociales, un ensemble de paramètres qui classent la structure étudiée, c’est donc une extrapolation donnant une indication bonne ou mauvaise qui est délivrée au donneur d’ordre.

Une agence de notation fonctionne en fonction d’un contrat d’études qui lui est demandé par une société privée pour connaître la fiabilité financière d’un groupe privé avec lequel elle est sensée faire une affaire. Les agences financières telles que Fitch Ratings, Moody’s et Standard & Poor’s, opèrent, contre rémunération, elles sont donc liées au donneur d’ordres de sorte qu’elles ne peuvent être totalement impartiales, devenant juges et parties. Selon le barème 2009 de Standard & Poor’s pour les États-Unis par exemple, une entreprise doit verser au minimum 70.000 dollars au début du processus de notation, puis un abonnement de «surveillance» atteignant environ la moitié de cette somme initiale. Chaque fois qu’elle émet de la dette sur les marchés, elle s’acquitte alors en plus d’une commission de 0,045% de la transaction. 90% du chiffre d’affaires des agences de notation provient des entités notées. Ce modèle économique donne une haute rentabilité aux agences.

Dans le cas qui nous intéresse ce sont les banques privées qui prêtent aux États, et qui passent des contrats aux agences de notation, il faut en avoir conscience et être très prudent sur leurs conclusions. La société Enron une des plus grandes entreprise Américaine fit faillite en décembre 2001 en raison des pertes occasionnées par ses opérations spéculatives sur le marché de l’électricité, qui avaient été maquillées en bénéfices via des manipulations comptables. Cette faillite entraîna dans son sillage celle d’Arthur Andersen, qui auditait ses comptes. De plus, elles n’ont pas vu venir la faillite financière de Lehman Brothers qui est à l’origine de la crise des subprimes entrainant le crash financier de 2008-2009. Dernièrement le maquillage des comptes de la Grèce par des conseillés de Goldman Sachs, voir Démocratie ou agences de notation.

Le pire, c’est qu’elles agissent sans la moindre impunité et que les banques acceptent pour du pain bénit leur conclusion, qu’importe si les États courent à la faillite par les taux d’emprunts qu’elles imposent. Elles sont trois agissant en quasi monopole et dominant 90 % du marché. A l’origine leurs activités étaient vers les entreprises.

On se rappelle que Standard & Poor’s dégrada la France le 11 novembre. «Une incroyable bourde de cette agence de notation, annonçant par erreur en pleine crise de la dette que la France avait perdu son précieux triple A», a suscité la colère de Paris et l’ouverture d’une enquête des marchés, voir également Démocratie ou agences de notation. J’avais écrit que c’était pour nous préparer à une perte de notre triple A, ce qui reste valable eu égard à cette mise en condition.

Dans cette mascarade des agences, notre président est à l’aise, après avoir annoncé que si la France perdait son triple A, il serait mort. Bien que ce ne soit pas encore fait de façon explicite, il s’y résout, mais pas à mourir. D’ailleurs on ne voit pas pourquoi notre note n’est pas encore dégradée quand on se rapporte, non seulement à notre dette, mais à nos possibilités nulles de croissance, et si de plus on tient compte de notre déficit commercial extérieur dont on ne parle surtout pas. Le déficit cumulé pour les douze derniers mois de l »année donné par l’antenne le 9 novembre 2011 est de – 67,655 milliards d’euros. Il était de – 51,293 milliards pour l’année 2010. La France se dirige vers un déficit commercial annuel record. Pour l’Allemagne il est en hausse. Ses exportations ont grimpées à + 95 milliards d’euros, et ses importations ont reculées à – 77,6 milliards d’euros, mécaniquement son excédent commercial est de + 17,4 milliards d’euros. Il faut savoir que le commerce extérieur est pour presque la moitié affecté par l’achat d’énergie, les prix se sont envolés faisant la richesse des grandes sociétés pétrolières. Notre spread sur le commerce extérieur est de – 85 milliards par rapport à l’Allemagne.

En l’espace de quelques mois la perte de notre triple A n’est plus un problème pour Nicolas Sarkozy, qui déclare, «je n’ai pas été élu pour que la France connaisse un jour les problèmes de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal», il oublie l’Italie. «Avec les socialistes, on aurait perdu notre note 3 A». Au cours du temps notre cote fut soumise à des appréciations variables négatives par les agences mais glorifiés par la politique gouvernementale. Normal, reconnaître que la politique menée est catastrophique serait de suite reconnaître la réalité, tandis que dire que tout ce qui a été fait est bien fait, c’est la politique de la désinformation. De plus, accuser les socialistes s’ils étaient aux commandes que ça serait plus grave, c’est d’une part admettre que ça l’est, et c’est faire de la diffamation.

Exemple, le 19 août François Fillon exulte, «certains préconisent la création d’obligations européennes, les euro-bonds, qu’ils présentent comme une panacée». Mais ils oublient de dire que cela renchérirait le coût de la dette Française et pourrait même remettre en cause sa notation. Les euro-bons sont préconisés par François Hollande, ils reviennent à mutualiser les taux d’emprunts. Un pays qui aurait un taux d’emprunt très bas comme l’Allemagne par exemple verrait celui-ci s’élever au niveau du taux mutualisé, tandis que les autres verraient leur taux baisser. Seulement, dès lors que notre cote va être abaissée, ce n’est plus la même situation, notre taux d’emprunt sera plus élevé, les euro-bons seraient une bonne chose, le raisonnement d’hier de François Fillon n’est plus bon aujourd’hui. C’est une politique sans vue.

En fait le Merkozy a fait accepter à 23 pays au dernier sommet à 27 du 09 décembre une perte de souveraineté par le projet du traité intergouvernemental, voir L’Europe se rétrécie, mais refuse les euro-bons préférant que les pays très endettés soient écrasés par les spreads et contraints à des plans d’austérité draconiens, ce qui, dès le départ, mine le plan élaboré. Une politique à une jambe.

Le 17 octobre la charge contre François Hollande. Il «n’a pas la carrure», accuse le ministre de l’intérieur, Claude Guéant. «Avec Hollande, c’est le concours Lépine de la dépense, des impôts et des déficits», ironise-t-il. «Notre objectif, c’est la crédibilité, la responsabilité», assure la ministre du budget, Valérie Pécresse. Le 06 décembre, François Fillon, «les agences de notation, c’est très important, mais ce n’est pas le seul élément qui doit conduire le gouvernement dans ses choix». Le triple A, «c’est une façon de payer moins cher la dette, ce n’est pas un totem» explicite alors l’entourage du premier ministre. Rappelons que le 23 octobre selon le Canard enchaîné il y a encore six semaines, si la France perd son triple A, je suis mort ! Déclarait Sarkozy, il est maintenant ressuscité !

Nous sommes en récession c’est l’INSEE qui l’annonce ce qui coupe tout mensonge de gouvernement. Le dernier trimestre 2011 verra un recul de 0,2 % du PIB puis au premier de 2012 un recul de 0,1 % pour une quasi stabilisation de l’activité, il sera difficile d’atteindre les 1 % de croissance prévue pour 2012. Pour que la France atteigne péniblement ce demi-point de croissance l’an prochain, l’Insee calcule qu’il faudrait 0,6 % de croissance au troisième trimestre et au quatrième. De quoi renforcer la probabilité d’un troisième plan de rigueur dès le lendemain de la présidentielle. Sans doute plus dur que les précédents.

Quant au chômage c’est mal parti les salariés sont jetés comme des chaussettes usées par les entreprises qui broient du noir. Les 10% de chômeurs sont prévus d’ici à 2012.

Quand au feuilleton du triple A il semble qu’il se termine bientôt. Pour l’Élysée, mais pas dans les 24 heures, avant Noël ? Selon deux conseillers de l’Élysée cités par Nathalie Schuck, journaliste au service politique du Parisien, «L’Élysée ne s’attend pas à une dégradation du triple A dans les 24 heures, mais pense que ce sera fait avant Noël» selon le Parisien libéré.fr du 14/12/11.