Etre président a aussi valeur de symbole, et chaque geste d'un nouvel élu compte, car il est sensé définir une façon de penser et de gouverner, une sorte de ligne de conduite. Et Nicolas Sarkozy, qui n'est élu que depuis dimanche dernier, c'est à dire quatre jours pas encore écoulés, donne déjà des signes en contradiction avec le contenu de ses propos durant la campagne.



Le premier "acte" de Nicolas Sarkozy après la campagne fut de se rendre au Fouquet's avec des grands patrons. C'est déjà une première contradiction pour un homme qui n'a fait qu'évoquer à toutes les sauces la france qui se lève tôt et qui sera "payé plus en travaillant plus", que d'aller ainsi, à peine élu, plutôt que de saluer la foule qui l'attendait à la Concorde, à une telle réunion, pour y revenir ensuite pour la nuit après avoir fait un simple discours dans lequel il affirmait: "je ne vous décevrais pas".

Les présidents dans notre pays ont une fonction un peu particulière, ils héritent d'une tradition, qui remonte aux rois et à l'aristocratie, c'est-à-dire aussi d'une tradition du "bon goût". Il eut été difficile de s'offusquer de ce qu'un président se rende dans un palais, car cela fait partie du pouvoir, tandis qu'un yacht luxueux, en partance vers Malte, donne un peu dans le côté décadent de la "jet set" pour le candidat de tous les français et du labeur…

Pourtant, le très bientôt président avait une réponse toute faite, prendre du repos, et fuir les journalistes. Par ailleurs, il ne souhaitait pas donner l'impression d'une République à deux têtes, et ne souhaitait donc pas se trouver aux côtés de Jacques Chirac pour les célébrations du 8 mai 1945, c'est-à-dire honorer les soldats morts à cette triste époque, dans la lutte contre le nazisme, qui rappelons-le était l'idéologie totalitaire la plus ignoble et la plus inégalitaire qui soit. "Je vais donc mettre à l'honneur la nation et l'identité nationale." disait-il pourtant le 6 mai. c'est donc une occasion manqué d'honorer ces morts, qui venaient des quatre coins du monde, et issus de toutes les ethnies!

Non, pour le 8 mai 1945, ce n'était pas possible…

Mais par contre, ce n'est en rien dérangeant pour commémorer l'abolition de l'esclavage, deux têtes n'y sont pas de trop, et Nicolas sarkozy a pu afficher son bronzage à coté de Jacques chirac en ce 10 mai, pour inaugurer un monument pour cette journée de commémoration. Pourtant le candidat Sarkozy annonçait le 6 mai: "Je vais en finir avec la repentance, qui est une forme de haine de soi. Et la concurrence des mémoires, qui nourrit la haine des autres." C'est bien ce qu'on reproche pourtant à cette commémoration, de ne retenir que l'esclavage à l'Occident, en oubliant l'Orient, et en ne mentionnant pas le fait que ce sont des Africains eux-même qui vendaient d'autres Africains, accusant donc l'Occident de tout… l'appelant donc à la repentance, mais seul, et sans ses complices. Ainsi, ce premier acte de président est bien un acte de repentance.

Y a-t'il un risque que le nombre d'électeurs diminuent avec les élections législatives, après toutes ces contradictions? Y en aura-t-il d'autres? Au rythme où cela va, on peut croire que le discours de Nicolas Sarkozy aura fini de se démanteler en quelques jours, jusqu'à son traité européen simplifié et sa déclaration sur l'entrée de la Turquie déjà fort critiqués par les responsables politiques d'Europe… Or dans l'Union européenne, rien ne se décide seul…