En cette période pré-électorale où l’on a l’impression que le choix du vote final découlera beaucoup moins d’une décision bien réfléchie qu’à la faveur du résultat d’une manipulation mentale, les candidats à l‘investiture se livrent à une opération de racolage de grande envergure pour appâter les électeurs et optimiser leurs chances.

Malgré la crise actuelle, avec cette histoire de perte du triple A, avec l’affaissement de tout un modèle économique accompagné de son cortège de calamités, curieusement, ce qui a trait de près ou de loin à l’islam semble particulièrement propice à titiller les esprits. Et pour répondre aux attentes de cette nature, tout un florilège de thèmes allant de la laïcité, à l’identité nationale en passant par le halal parasitent constamment le devant de la scène médiatique.

Toujours inépuisables et surtout aussi féconds les uns que les autres en la matière, chacun des candidats y va de sa formule magique dans l’espoir de se voir projeter au sommet, au terme de cette fiévreuse course folle. François Hollande nous fait montre de promptitude quant à sa volonté d’inscrire dans la Constitution les principes fondamentaux de la loi de 1905, Nicolas Sarkozy multiplie les clins d’oeil cyniques, affichant la suprématie de sa civilisation via Claude Guéant et à Marine Le Pen de tambouriner à tout va sur les menaces rampantes d’invasion fantasmatiques de viande à l’abattage peu catholique !

Dans cette atmosphère anxiogène où est palpable le ras le bol, je me demande si le film de Philippe Faucon, "la désintégration", ne dessert pas outrageusement la cause qu’il aspire à défendre ? C’est une histoire de jeunes de la banlieue lilloise, nés en France cumulant tous les handicaps possibles et imaginables pour se retrouver mis au ban de la société.

En effet, non seulement issus de l’immigration maghrébine, mais aussi musulmans et de conditions sociales précaires. Une petite famille modeste amputée d’un père car malade, en train de dépérir, cloîtré entre les quatre murs de sa chambre d’hôpital, acculant du coup une mère aimante à subvenir seule aux besoins de ses enfants, de leurs études.

Sans qualifications, cette dernière se démène dans des boulots peu gratifiants mais qui lui permettent quand même d’élever dans la dignité sa famille, laquelle ne pose pas problème excepté son benjamin, Ali,(Rashid Debbouz). Ce dernier s‘échine à envoyer des CV sans jamais réussir à décrocher le sésame tant espéré.

Arrive donc le temps des désillusions, et débute la dégringolade lorsqu’il rejoint deux homologues, dont Hamza, un Français de souche converti, de même proximité sociale. Des jeunes, de l’énergie, des rêves brisés, tous les ingrédients nécessaires et suffisants pour devenir objet de convoitise d’un certain expert en la manipulation, Djamel (Yassine Azzouz) d’une ressemblance physique avec Tarek Ramadan très prononcée.

Tel un gourou, avec beaucoup de pédagogie, il instrumentalise la religion afin d’endoctriner ces jeunes totalement déboussolés pour les mener, au sens figuré comme au sens propre du mot, aux confins de la désintégration…

Un film qui, sans porter de jugement décrit la trajectoire désespérée au terme de laquelle, un type normal peut basculer vers le terrorisme. Et même s’il n’est pas mal, il véhicule des clichés à l’heure où l’unique service à rendre à tout ce beau monde, à cette religion ultra stigmatisée, serait de les laisser se faire oublier.

Et pourquoi pas dans ce cas, ne pas tenter l’expérience de nous conter les parcours de réussite fulgurante de ces fameux nommés «issus de l’immigration» qui ont bien cueilli leur chance en France, le frère de Ali, Djamel Debbouze, comme Rachida Dati par exemple ? Des chances que ni l’un ni l’autre n’aurait certainement eu dans son pays d’origine car à force d’affirmer que les jeux «sont pipés d‘avance", nombreux jeunes des cités, démissionnent bien longtemps avant d’avoir commencé le combat de toute vie.

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