Francis Ford Coppola est de retour.

Alors ?

Excitation. Excitation. Excitation.

Quand un des grands maîtres du cinéma qui n’a plus rien à prouver à personne après des chef- d’œuvres de l’art humain comme  Apocalypse Now  et Le Parrain   revient après dix ans d’absence et courre le risque d’entendre dire au sujet de sa nouvelle œuvre « Oui, il est pas mal le nouveau Coppola mais bon ça n’a rien à voir avec (insérez ici un des deux films ci-dessus) et puis il se fait vieux… », on se dit qu’il doit y avoir une bonne raison.

 

Et si c’était tout simplement le plaisir de faire du cinéma ?

De retrouver le goût de raconter une histoire ?

Revenir aux fondamentaux.

La première surprise de cet « Homme sans âge », c’est que sur le plan de la forme, il est effectivement d’un autre âge. Rien de péjoratif ici, juste le constat que Coppola a choisi de mettre sa mise en scène sous le signe du classicisme (très peu de mouvements de caméra, alternance plan d’ensemble, gros plan, champ/contrechamp) en dépit de quelques effets plus modernes  jamais gratuits  (surimpression des images, caméra renversée).

Classicisme qui se retrouve dès le générique de début avec ses cartons très années 50, sa ballade du côté des ombres du « troisième homme » et des films de la Hammer avec scientifique nazi fou ricanant sur fond d’éclairs.

Mais surtout, ce parti pris (car il ne s’agit pas là d’une limitation financière ou technique) se révèle à travers le fil rouge du film : les trois roses.

Chacune de leur apparition se fait via un effet spécial d’une charmante naïveté qui évoque le cinéma de Méliès, celui des origines où cet art était encore celui d’un enchantement pur, d’une heureuse surprise.

Qu’a voulu ainsi suggérer Coppola ?

Peut être tout simplement de créer un conte cinématographique intemporel  dont le seul avantage conféré par sa modernité serait de s’offrir le luxe d’une balade dans certains pans de l’histoire   du cinéma à travers celle d’un homme.

Si c’est cela alors « l’Homme sans âge » est un beau conte, un qui croit en sa propre magie et en celle de son médium, ce qui devient de plus en plus rare.

Magie mélancolique dont le sortilège se révèlera en même temps que la dernière rose pour ceux qui se seront laissés envoûtés jusqu’au bout. Coppola a toujours su filmer les fins…

Ceci dit, « L’homme sans âge » n’est pas absent de quelques maladresses (le porte-jarretelle nazi, le retournement brutal contre le double et un Tim Roth un peu paumé dans son personnage) qu’on pourrait croire le fait d’un cinéaste débutant.

 

Mais au fond, c’est peut être là la raison d’être du film.

Coppola l’a avoué : ce retour au cinéma est pour lui une seconde naissance, l’opportunité pour lui de repartir de zéro.

Voilà qui expliquerait ce parti pris classique et éclaircirait un peu cette histoire de linguiste à qui le destin donne une deuxième chance dont il ne profite pas avec au passage un renversement ironique des causes de son échec  (il sacrifie son amour à ses études puis ses études à son amour).

Youth Without Youth, la jeunesse sans la jeunesse, malgré  la jeunesse retrouvée par son corps, le héros du film reste vieux, marchant courbé comme un vieillard, portant des vêtements d’un autre âge. Et si l’angoisse de Coppola était la même ?

Revenir au cinéma avec des envies de jeunesse sans parvenir à supprimer le poids des années, de l’expérience, des désillusions ? Etre un vieux cinéaste encombré par sa légende ?

Une angoisse qu’il aurait mise à distance puis liquidée à travers Dominic Matéi.

Un film pour se faire peur à soi même ? Un film pour se donner les moyens d’un nouveau départ, y compris ceux de faire des erreurs ?

« L’homme sans âge » est sans doute finalement  plus essentiel pour Coppola qu’il ne l’est pour nous.

Jeun cinéaste très prometteur, affaire à suivre de très très très près.

 

 

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