Voilà les semaines qui défilent sans que je ne m'aperçoive de mon silence numérique. Comme quoi il y a une vie hors de l'internet. Mais cette absence a fait quelques heureux ; les milliards d'internautes ne soupçonnant pas même mon existence d'une part, les quelques-uns à ne pas me supporter, et une poignée de joyeux drilles pour qui cette discrétion fut l'occasion de toutes les digressions.

Il y a tout d'abord les optimistes éternels pour qui j'avais forcément empoché le super pactole du loto. De mon nouvel archipel des Seychelles je n'avais pas encore installé le wifi…

 

Les militants me croyaient en campagne pour les européennes (étrange idée il y a bien trop de listes !) alors qu'au mieux vous me retrouverez à la campagne pour les eurockéennes…
Les méchants m'espéraient à Rio et de retour sous peu, en Airbus si possible.

Les sportifs me croyaient à Roland Garros où mon épopée ne s'achevait, sur le court 19, qu'au cinquième set face au redoutable péruvien Luis Horna.
Les lillois me pensaient en soutien de Rudy Garcia pour décrocher l'Europe lors des dernières journées de championnat. Vu le sort réservé à Rudy, j'aurais du…
Les fans me pensaient au stade Saint Symphorien, campant avec deux semaines d'avance, pour être sûr de ne pas rater la der de Johnny…

Les craintifs imaginaient mon retrait pour échapper aux foudres de Nadine Morano prompte à mettre en accusation tout critiqueur. Mais connaissant la gouaille provocatrice de la dame je ne m'inquiète pas trop : elle finira au poste avant moi !
Les ambitieux me supposaient déjà en train de concevoir le web 4.0 qui me verrait bientôt réapparaitre, souverain.
Les timides n'osaient pas me demander pourquoi je ne publiais plus.
Les filles expliquaient qu'un coup de foudre m'avait emporté et mes réflexions acerbes pour quelques boucles blondes envoutantes. C'est naïf une fille…

Les intellos se réjouissaient de mon abandon de ces futilités pour m'attaquer enfin à une thèse digne de ce nom "Du rapport du sarkozysme avec la purée en sachet : qui a le plus de goût ?"
Les mystiques m'envoyaient en retraite spirituelle dans un distant monastère pour mon bien alors que je le sais moi que je n'aurais pas de retraite…

Les techniciens me projetaient le nez dans mon unité centrale en train de réinstaller l'alim tout en boostant le bios sans négliger des barettes supplémentaires et une nouvelle carte graphique NX8800GT…
Les besogneux expliquaient que le mois dernier j'avais achevé la première phrase du prochain post, des raisons d'espérer pour Noël prochain.

Les critiques s'auto-complimentaient d'avoir eu raison de penser que j'allais m'arrêter…

Les inquiets parcouraient les rubriques nécrologiques à la recherche d'un quelconque indice.

Les radins me comprenaient : franchement, 29 euros 90 le forfait mensuel c'est tout de même pas donné, il a sûrement fait comme nous : il ne prend un abonnement qu'un mois sur deux.

Les comptables se perdaient en conjecture après l'étude quantitative de ma production de ces derniers mois et envisageaient pour le moins un dépôt de bilan…

Les hypocondriaques m'affublaient d'un étonnant H1N1 qui ne les surprenait guère : j'avais été vu sortant d'un Tex Mex.
Les révoltés, après l'échec de leur première pétition, envisageaient un mouvement populaire d'ampleur afin de m'obliger à reprendre.

Les pénibles le demeuraient en arguant que tout ça c'était quand même de la faute au 35h, des jeunes, des charges, des fonctionnaires et des températures frisquettes pour la saison.

Les politiques rendaient hommage à mon engagement citoyen tout en débutant l'évocation de leur positif bilan, une évocation à cette heure toujours en cours…

Les bordéliques étaient contents de me revoir parce qu'avec tous ces papiers, plus moyen de mettre la main sur mon adresse web !

Les dilettantes trouvaient le nouveau rythme plus adapté à leurs attentes et pas du tout préoccupant.

Le corps médical paraissait impatient de me revoir à l'ouvrage, un bon signe parait il, espérant ainsi ne plus être l'objet de mon courroux, c'est pas gagné…

Les écolos soutenaient ma volonté de limiter mon bilan carbone au strict nécessaire, ce qui passait déjà par le recyclage de mon ordinateur. Ils m'ont promis d'en faire autant, bientôt.

Les traders analysaient ma disparition comme une conséquence directe de la crise financière qui fait plonger les marchés qui fait plonger les investisseurs qui fait plonger les cours qui font plonger la confiance qui font plonger les bloggueurs, imparable.

Et finalement personne n'a pensé qu'un petit bout de chou, troisième du nom, pouvait prendre toute mon attention et mon temps, étonnant !