Vive le libéralisme… Signalé par Loubnan ya Loubnan, un article dans l’édition du 22 juillet du New York Times mérite que l’on s’y arrête. Il y est question d’une étude scientifique dont le thème a de quoi surprendre : la corrélation entre la résurgence de la tuberculose dans les pays d’Europe de l’Est et… le Fonds monétaire international.


"Des études précédentes ont montré que les programmes économiques du FMI ont influé sur les infrastructures du système de santé des pays dans lesquels ils étaient appliqués", expliquent en introduction les trois chercheurs auteurs de l’étude, des universités de Cambridge (Grande Bretagne) et Yale (États-Unis). Ils ont donc scruté à la loupe, entre 1992 et 2003, les évolutions respectives en matière de progression de la tuberculose des pays ayant contracté un prêt du FMI et de ceux qui n’étaient pas dans ce cas. Leur conclusion est affirmative : "L’augmentation de la tuberculose est liée aux prêts du FMI".

Du côté de l’organisme international, on pousse de grands cris : "La tuberculose est une maladie qui met du temps à se développer, objecte le porte-parole William Murray, donc l’augmentation des taux de mortalité est certainement liée à quelque chose qui est intervenu avant les financements par le FMI. C’est seulement un bidonnage scientifique." Mouais. David Stuckler, de la faculté des sciences sociales et politiques de Cambridge, se défend en dégainant ses chiffres : sur les 21 pays étudiés, ceux ayant obtenu un prêt du FMI ont vu une augmentation de 13,9% du nombre de nouveaux cas de tuberculose chaque année, de 13,3% de malades vivant avec la maladie et de 16,6% de décès liés à cette affection. L’équation est la suivante : pour chaque pourcent supplémentaire de prêt, 0,9% d’augmentation de la mortalité. À l’inverse, quand un pays abandonne le courbeprogramme du FMI, sa mortalité chute par miracle en moyenne de 31% ! "Quand vous trouvez une corrélation, vous levez un sourcil, explique David Stuckler. Mais quand vous trouvez plus de 20 corrélations dans la même direction, vous commencez à établir un fort lien de cause à effet." Et de fait, la courbe comparant les pays débiteurs du FMI aux autres est éloquente, comme vous pouvez en juger ci-contre.

Alors comment expliquer cette troublante corrélation ? Le FMI inocule-t-il sciemment aux populations concernées le bacille de Koch, bactérie responsable de la tuberculose, en leur envoyant des porteurs de grosses valises de billets de banque atteints de cette maladie, pour qu’ils crachent leur toux contagieuse (seule voie de contamination) à la face de ces traîne-savates des pays de l’est ? L’hypothèse est plaisante mais peu plausible. Les choses sont à la fois moins simples et plus perverses. Les exigences du FMI, lorsqu’il s’agit d’accorder un prêt à un État, sont draconiennes. Et frappées du sceau du libéralisme le plus orthodoxe : le fond exige des "réformes structurelles" – amusante, cette parenté avec le discours sarkoziste, n’est-il pas ? – à savoir des coupes claires par exemple dans les budgets de l’éducation ou de la santé, en parallèle avec des privatisations des services publics. "Si vous voulez notre argent, respectez la doxa libérale !" Malpropreté, surpeuplement, alccolisme : ces facteurs favorisant la tuberculose indiquent clairement qu’il s’agit d’une maladie des pauvres. Ainsi, de la même façon que, partout où elles sont appliquées, les recettes libérales provoquent une aggravation des inégalités et une explosion de la pauvreté, les conditions d’obtention des prêts du FMI conduisent ses débiteurs à mener des politiques antisociales, pour le résultat mis à jour par l’étude : 16,6% de mortalité supplémentaire, décès causés par la tuberculose. Cette maladie tue actuellement deux millions de personnes dans le monde chaque année, tandis que 8,5 millions de nouveaux cas sont dans le même temps diagnostiqués, dont environ 6 000 en France. Gageons qu’avec les belles "réformes" et la jolie "modernisation" assénées à notre malheureux pays par la clique au pouvoir, nous grimperons vite dans la hiérarchie des tuberculeux de la planète.

PS : L’étude complète est publiée en anglais sur le site de la Public Library of Science.