(capture d’écran sur le site tempsreel.nouvelobs.com)


D’ores et déjà, on peut dire sans trop se tromper : « qu’il y aura un avant et un après » ! Si d’autres crimes avaient été commis et qu’on n’avais pas trouvé rapidement le suspect,  on aurait traîné cette affaire comme un boulet pendant la campagne, et évidemment, l’impact n’aurait pas été le même ! La grande question qui se pose est de savoir quels candidats peuvent « tirer profit » de cette affaire ? Bien entendu, il ne faut pas en déduire : « à qui profite le crime ». Il est tout à fait certain qu’aucun candidat n’a jamais souhaité un tel événement, on ne peut pas leur en faire décemment le procès ! Mais il est évident que la tuerie et tout ce qu’on append actuellement sur l’auteur aura forcémment des répercussions sur la campagne présidentielle.

 

En 30ans, il y a eu deux fois des attentats peu avant une campagne électorale et chaque fois, les conséquences ont été différentes.

La première fois, c’est lorsque le 3 octobre 1980, une bombe avait explosée devant la synagogue de la rue Copernic, faisant 4 morts et 48 blessés. D’abord un groupe d’extrême droite avait été soupçonné, puis l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) et finalement, on n’a jamais su qui étai à l’origine. François Mitterrand s’était immédiatement rendu sur place, déclarant que « c’était pour être auprès de ses amis préférés »… et on en avait déduit qu’il avait sans doute marqué des points auprès de l’électorat israélite. Valéry Giscard d’Estaing s’était contenté d’envoyer des communiqués et Raymond Barre, Premier Ministre, avait eu une formule malheureuse en déclarant « attentat odieux qui voulait frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents ». Il y eût alors des défilés où on appelait à la démission de VGE et de ses ministres. Six mois plus tard, François Mitterrand était élu avec quelques points de plus que VGE. Des observateurs pensent que la façon dont s’est comporté ce dernier a partiellement contribué à sa défaite.

 

La deuxième fois, c’était lorsque le 27 mars 2002, un homme ouvre le feu sur des élus, pendant une séance du Conseil municipal de Nanterre. Il y eût alors 8 morts et 19 blessés. Le lendemain le tueur avait avoué et s ‘était suicidé. Jacques Chirac s’était alors appuyé sur cet événement en déclarant : "L’insécurité, ça va de l’incivilité ordinaire au drame que nous avons connu cette nuit". Immédiatement, la gauche avait dénoncé « une tentative de récupération politique et la surexploitation du thème de l’insécurité ». Le 22 avril 2002, Lionel Jospin était battu au premier tour des élections Présidentielle et Jean Marie Le Pen accédait au second tour. Mais il faut bien dire, honnêtement, que la défaite de Jospin ne s’explique pas uniquement par l’exploitation de ce fait divers !

 

Donc, il y a eu des précédents…Mais cette fois c’est encore un peu tôt pour savoir quel impact les tueries de Toulouse et Montauban peuvent avoir sur la campagne électorale.

A cette heure, les forces de polices encerclent encore le bâtiment où se trouve le suspect à Toulouse et on ne sait pas s’il va en sortir vivant. Néanmoins, on peut  affirmer que nous sommes face à « une arrestation rapide ». Ce cas nous fait donc nous interroger pour savoir si « cette arrestation rapide peut (pourrait) profiter à Nicolas Sarkozy ? Quand on sait qu’il a construit sa trajectoire politique sur celle « d’un homme capable de mettre hors de nuire les méchants », on peut penser que l’arrestation rapide ne peut que renforcer cette image !  Mais, il va devoir continuer à agir en montrant « qu’il ne cherche pas à instrumentaliser cette affaire ». Pour le moment il assume pleinement son rôle de Président de la République et ne se risque à aucune déclaration problématique. Il apparaît comme un Chef, ce qui – comme on le sait – peut plaire à des électeurs conservateurs. De son côté, François Hollande aussi réagit comme s’il était Président de la République, c’est à dire de manière assez proche de son rival.

 

La première séquence a été une quasi suspension de la campagne pour tous les candidats. Pas de déclarations politiques, pas de présence sur les plateaux de télévision, pas de meeting. C’est bien perçu par l’opinion comme « une forme de respect pour les familles des victimes ». Un seul, François Bayrou s’est empressé de pointer son doigt sur la responsabilité des politiques dans la tuerie. On peut se demander donc si cela ne va pas être plus difficile à gérer pour lui pendant la campagne ?

 

Deux jours après, la trêve commence à être rompue et la campagne va reprendre ses droits bientôt une fois les cérémonies funéraires terminées. Eva Joly décoche déjà une flèche. "Nous sortons d’une période de cinq années où on a monté les Français les uns contre les autres", déclare-t-elle ce matin. Ils sont au moins trois (François Hollande, François Bayrou et Eva Joly ) à dénoncer « un discours stigmatisant qui n’a pas favorisé le vivre-ensemble ». Marine Le Pen est repartie de plus belle, en s’appuyant sur l’affaire de Toulouse… « Elle reproche pour sa part un supposé laxisme face au terrorisme islamiste ». François Bayrou, s’appuie lui aussi directement sur la tuerie de Toulouse, lorsqu’il déclare, dès lundi soir, lors d’un meeting à Grenoble, « que la tuerie de Toulouse trouve ses racines dans l’état d’une société en proie à la violence et à la stigmatisation, attisées par certains responsables politiques qui montrent du doigt en fonction des origines ».

Comme on le voit déjà l’impact va être très grand sur la campagne électorale ! La bataille va s’organiser entre ceux qui reprochent à certains d’être responsables de l’état d’insécurité de la société française et ceux qui reprochent aux autres d’être laxistes. On ne l’attendais pas si vite, mais le thème de « l’insécurité » va revenir très vite au premier rang dans la campagne ! On sait qui avait su en tirer profit lors des précédentes campagnes électorales.

On est donc certain que l’affaire de Toulouse va impacter la campagne électorale, mais on ne saura que le soir du premier tour des élections, si elle a eu un effet sur les électeurs en terme de choix politique !

(Sources : La Dépêche,quoi.info,Le Nouvel Obs)