quand il déclare à sa conférence de presse «je suis un socialiste qui veut faire réussir la France ».

 

Ce serait la doctrine socialiste hollandaise, celle de la crise, pragmatique, le rêve n’est plus permis. L’idéologie socialiste d’après guerre, la gouvernance du peuple par le peuple, pour combattre les intérêts capitalistes, n’a pu développer ni unifier les forces populaires nécessaires. L’abolition du régime capitaliste en le remplaçant par une société économique, n’a pu, malgré les actions syndicales et politiques des mouvements ouvriers empêcher que le capitalisme prospère par les échanges commerciaux, de plus en plus importants, et de modifier profondément ce régime, faisant de lui un capitalisme financier et économique. Ces doctrines socialistes n’avaient de pouvoir que dans la mesure où la croissance gérait le monde, mais dans un contexte de récession et d’austérité, seuls ces «capitalistes» peuvent donner du travail.

François Hollande sait très bien qu’il a besoin de ce capitalisme même si dans son meeting du Bourget il déclara que «la finance était son pire ennemi». Cette locution constamment reprise par les médias pour critiquer sa politique s’appliquait à la finance spéculative des marchés et non à celle de l’emploi.

Comment réduire le chômage dans l’industrie sans lui donner du souffle. Il faut donc composer, et tout d’abord ne pas mettre la charrue avant les bœufs si l’on veut distribuer. Pour distribuer il faut considérer ceux qui entreprennent, ce sont les générateurs de la richesse avec leurs salariés. C’est du simple bon sens. Seulement il faut en même temps limiter les abus, la marge de manœuvre est étroite, contrôler en quelque sorte la finance industrielle, tout en développant l’innovation, et l’investissement.

Nous fûmes incapables de maîtriser le choc financier de septembre 2008 pourquoi, par ce que nous vivons sur le crédit, ce choc fut avant tout celui du privé, donc des banques. Qu’il soit devenu, par fait de conséquence un choc étatique, normal l’État ne vit que par la richesse du privé, ce que d’aucuns oublient. Dans ce contexte de dette souveraine, que faire d’autre que de la rigueur budgétaire, tout en préservant les plus pauvres. Les Français ne sont pas les générateurs de la crise, mais moins de rigueur ne résout rien si l’on est dépendant des banques par notre endettement. D’aucuns prétendent que nous ne paierons jamais toute notre dette, c’est vraisemblable, mais on peut la réduire, elle est trop élevée, mais, pour cela, ne faut-il pas réduire nos déficits qui sont inquiétants sur la retraite, les allocations familiales, la formation des chômeurs, il y va de notre système social.

Le socialisme de François Hollande pour faire réussir la France est une voie opposée à son électorat, mais elle reçoit l’appui de nombreux centristes ce qui montre qu’elle est raisonnable, même si critiquable.

Quelques soient les réformes elles toucheront les hauts et moyens revenus, ce qui à droite provoquera un refus puisque l’on touche à son électorat et à gauche puisque trop à droite. Droite et gauche se retrouvent donc contre la politique menée sur les allocations familiales et la retraite. Il lui faut donc rien lâcher pour affronter les associations familiales, il maintien un équilibre «entre la solidarité horizontale, qui veut qu’à revenu égal une famille nombreuse doit être plus aidée qu’un célibataire, et la solidarité verticale, qui veut que l’on aide prioritairement ceux qui en ont le plus besoin», Le Monde.fr. Mais dans ce brouhaha médiatique ou chacun veut préserver son avantage, l’universalité des allocations familiales est préservée. Reste les retraites, et des manifs se préparent, puisqu’il est prévu de modifier la prise en compte des années de cotisation des fonctionnaires, actuellement sur les cinq derniers mois de salaire pour les porter sur les dix dernières années d’exercice, sachant que pour le privé elles portent sur vingt années d’activité. C’est déjà une réforme de justice que n’engagea pas le gouvernement précédent. Qui peut être contre ce socialisme hollandais ?

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, fut créé le COMISCO, Comité de la conférence internationale socialiste, puis l’internationale socialiste. La construction de l’internationale s’effectua de façon progressive de 1944-1951. Elle se fit sous la forme de conférences internationales se réunissant jusqu’en 1951. C’est en 1951 du 30 juin au 3 juillet qu’elle prit sa forme actuelle au Congrès de Francfort-sur-le-Main. Elle rassembla presque uniquement des partis d’Europe occidentale, cependant la décolonisation et surtout la chute des pays communistes vont la voir étendre considérablement son influence. Cette idéologie préconisait une troisième voie entre le capitalisme et le socialisme. Or, pour aboutir à cette voie, les participants à la Conférence de 1951, qui jetèrent les bases du socialisme contre le capitalisme estimèrent, que le capitalisme devait avoir une transformation progressive vers le socialisme.

Un des objectifs de la déclaration de Frankfort fut, a partir d’une synthèse des tendances présentes au COMISCO, de définir les buts et tâches, voir «les buts et tâches du socialisme démocratique», en opposition bien sur au marxisme-léninisme. S’affrontèrent donc deux branches du mouvement ouvrier et nous savons que le marxisme-léninisme perdit par rapport au socialisme, plus à même de s’adapter à une transformation progressive de la société vers le capitalisme par ce que les couches sociales devenaient plus aisée. L’espoir d’un capitalisme vers le socialisme sans lutte des classes et sans révolution que l’on pouvait espérer pour le pouvoir de la classe ouvrière, malgré le maintien de la propriété privée dans une série de secteurs de l’économie, n’a pu s’opérer. Bien sûr, la déclaration de Frankfort 1951 fut faite contre un capitalisme plus sectaire et égoïste qui voyait l’intérêt personnel dans la poursuite du profit à l’intérêt national.

L’internationale socialiste qui existe encore est une organisation politique qui regroupe la majeure partie des socialistes, sociaux démocrates, certains démocrates et le monde ouvrier, mais elle a bien évoluée. Qui voit-on à sa tête depuis 2006 Georgios Papandréou né aux États-Unis d’une dynastie politique ayant une formation étrangère à l’université de Stockholm, à la London School of Economics, où il obtint son master en sociologie, et à l’université Harvard, c’est loin d’être un ouvrier !

Au congrès de Stockholm du 23 juin 1989, on note déjà des changements par rapport à la déclaration de 1955. On n’évoquait plus la prise du pouvoir par le mouvement ouvrier, le capitalisme vers le socialisme, mais seulement les contrôles à exercer sur les changements économiques, politiques, technologiques et sociaux des années à venir. Mais l’idéologie socialiste de justice reste présente dans une mondialisation interdépendante de l’économie mondiale.

Le socialisme est donc en permanente évolution pour s’adapter à celle de la société. Ce n’est pas une idéologie qui refuse l’évolution des mœurs mais plutôt un contrôle, contrairement au conservatisme capitaliste libéral. Mais dans notre société actuelle, ou tout est remis en cause, il faut s’adapter en brisant les conservatismes de gauche et de droite.

On a vu que le SPD allemand prit, lors de son 150ème anniversaire le 23 mai à Leipzig, ses distances avec l’internationale socialiste. Ce qu’il veut c’est la création d’une politique sociale démocrate dans une alliance progressiste prenant le pas sur l’IS. Ce fut un succès. Quelques 80 partis furent représentés. Les partis sociaux-démocrates et socialistes européens mais aussi des partis africains, sud-américains, asiatiques et même le parti démocrate américain. L’objectif de cette alliance démocratique qui sied bien à l’Allemagne, les réformes Schröder n’auraient pu être appliquées en France, n’est pas de l’avis de tous, En premier le président de l’IS le grec Géorgios Papandréou, qui ne s’est pas rendu à Leipzig. Quand au parti socialiste français ce fut une délégation emmenée par son secrétaire général Harlem Désir. On sent une évolution qui entame la cohésion de l’IS puisque le SPD a réduit sa part contributive à 95 % à l’IS pour n’avoir qu’un statut d’observateur. Quand au PS français, il a aussi réduit sa cotisation de moitié, mais entend rester membre de l’IS.

En fait l’objectif de cette alliance démocratique ne diffère pas de la déclaration des principes de 1989 qui sont des intentions générales parfaitement adaptables. Ce que rapporte le Monde.fr sur la structure de cette alliance démocratique est la suivante, «la plate-forme qui trouvera les réponses communes et progressistes aux défis internationaux tels que le renforcement de la dimension sociale de la globalisation et du progrès durable, la bataille contre le changement climatique, le renforcement des droits de l’homme, y compris les droits de la femme, et de la démocratie mais aussi de la paix et de la sécurité». En fait, le SPD veut devenir le leader de la sociale démocratie en Europe, et François Hollande lui fait les yeux doux pour raisons électorales de septembre. Il préfère avoir un leader du SPD que de la CDU en face de lui, bien que ce ne soit pas évident que ses objectifs européens soient mieux compris avec le SPD qu’avec la CDU.

François Hollande a rejeté la qualification de social démocrate qui lui fut attribuée à sa conférence de presse pour un socialisme qui veut faire réussir la France, ce qui lui donne toutes les possibilités pour son action, sans contraintes sociales démocrates de gauche ou de droite.