Le 17 juillet, la Norvégienne Marte Dalelv avait été condamnée à seize mois de prison par un tribunal de Dubaï après avoir porté plainte pour viol. Elle a été graciée le 21 juillet. Tout comme son agresseur présumé.

   Naturellement, il est possible de penser que l’affaire Dalelv est un cas extrême. Qu’un seul fait divers, aussi tragique soit-il, ne doit pas faire oublier l’attachement au principe de l’égalité hommes – femmes que manifestent d’autres pays. Pays dans lesquels de nombreuses femmes semblent concilier harmonieusement vie familiale et carrière professionnelle.

 

   Oui, mais. Les obstacles à l’émancipation féminine sont toujours là. Ils se manifestent certes de façon plus insidieuse qu’à Dubaï. Mais c’est peut-être en prenant conscience de l’envahissement de notre quotidien par des hommes et des femmes stéréotypés que l’on sera à même d’assurer efficacement le respect des droits humains.

       

   L’existence de stéréotypes vient brouiller les frontières entre réussite et oppression. Le corps des stars hollywoodiennes ne leur appartient pas : il est constamment disséqué par des magazines. Et quant aux femmes qui se tournent vers l’économie ou la politique, elles sont fréquemment décrites à l’aide de figures féminines conventionnelles. Les Argentins surnomment la présidente Cristina Kirchner la "poupée indomptable". Indomptable, oui, mais poupée tout de même, comme pour infantiliser son action. Entre les contraintes de la mode et l’image de la femme – enfant, il est difficile pour une femme de se frayer un chemin.

 

    Mais en définitive, aucune femme n’échappe aux clichés. A cet égard, les publicités télévisées sont instructives. Celles qui vantent un produit ménager présentent systématiquement une femme jeune, mince, et dont le bonheur semble dépendre des performances d’une marque de lessive. Les publicités pour un parfum ou une voiture qui mettent en scène des femmes adoptent souvent l’angle de la séduction hypersexualisée. On construit ainsi, petit à petit, une association entre femmes, travail domestique et devoir de séduction. Ce n’est sans doute pas un hasard si les études de l’INSEE montrent année après année que les femmes prennent en charge les deux tiers du temps de travail domestique.

 

    Les stéréotypes sont donc bien présents. Que la femme soit mère au foyer ou chef d’entreprise, ils s’insinuent dans son quotidien. Et il semble difficile de considérer que la lutte pour l’égalité hommes – femmes est terminée tant que les femmes seront jugées en fonction de leur plus ou moins grande conformité à des modèles féminins traditionnels.