Mais qui est donc, ce clown blanc, ce Pierrot lunaire à la fenêtre ? Ne serait-ce point Marcel Mangel, dit Marceau dans la Résistance, alias le mime Marceau ? Non, Marcel Marceau eut trois compagnes et aucune ne s'appelait Madeleine Renaud. Ils ont en commun d'être de vieilles gloires et dorées, et fanées, s'il faut en croire le sort réservé à la vente aux enchères du fonds du mime Marceau par le ministère français de la Culture.

Il y a bien eu dispersion de la collection des objets de Jean-Louis Barrault et de son épouse, Madeleine Renaud. Mais il s'agissait davantage de peintures, gravures, caricatures et de livres rares qui intéressaient les particuliers ou les musées. Je veux imaginer que, contrairement à la vente aux enchères des objets très personnels du mime Marceau, le ministère de la Culture de l'Époque (période Jacques Toubon) a manifesté un tout autre intérêt pour les objets très personnels de Jean-louis et Madeleine si tant était que Marie-Christine Barrault, leur nièce, s'en soit séparée.

Jean-Louis Barrault est d'abord un Comédien français (enfin, il le deviendra, sociétaire du Français). Et un directeur de diverses troupes et scènes, dont celle de l'Odéon, en mai 1968. Il l'offre en tant qu'agora aux étudiantes et étudiants et dans l'Odéon occupé, le spectacle devient permanent. C'est le forum non-stop tandis que les coulisses, les couloirs, deviennent des infirmeries : la police s'en prenait parfois aux ambulances, mais les « bleus » opéraient en fourgons et non point en Stuka. Le théâtre d'Angers était lui aussi occupé et j'opérais la liaison en auto-stop puisque l'essence était rare et les liaisons ferroviaires coupées.

Mais cette rubrique des Vieilles Gloires dorées, les VGD, ou Oldies but Goldies n'est pas faite pour vous faire part de mes anecdotes au sujet d'un film ou d'une actrice, d'un acteur. Pour la biographie des personnes évoquées, voyez Wikipedia. En général, c'est très bien fait, mais s'il est question d'une actrice britannique, voyez plutôt, si vous lisez l'anglais, la version anglaise, et s'il s'agit d'un acteur allemand, la consultation en langue de Goethe s'impose (et de Cervantès pour Victoria Abril et les films d'Almodovar). Pour le cinéma japonais ou chinois, merci de commenter les versions Wikipedia correspondantes (en commentaires, ci-dessous).

Une anecdote quand même, plus générale et bien peu personnelle. Qu'est-ce qui rassemble en particulier Barrault et Depardieu ?
Le vin, bien sûr.

Depardieu est viticulteur en Anjou, notamment, et Barrault l'était très assidument à Saillon, dans le Valais. Je ne sais pas si c'est une commune proche de Champagne, où on ne peut plus faire de champagne sous ce nom (on l'a pu fort longtemps, bien avant que les Rémois et les Sparnaciens ne s'en émeuvent).  Farinet, qui y fut faux-monnayeur (tiens, au fait, le roman de Gide, trop complexe, trop riche en personnages, ne fut pas porté à la scène, mais la compagnie Barrault-Renaud aurait sans doute pu relever un tel défi), y a son musée. Et aussi sa vigne, « forte » de trois ceps, dont les fruits sont mélangés à ceux d'autres provenances pour produire un millier de cols. Jean-Louis Barrault acquiert les ceps, et convie des personnalités pour les « vendanges » ou l'embouteillage. Dans l'ordre, on peut citer Jane Birkin, Caroline de Monaco, Claudia Cardinale, Léo Ferré, ou Zinedine Zidane. Or donc, Barrault se dit « artiste et vigneron à Saillon » et fait profiter l'enfance déshéritée du produit de « sa » vigne. En 1938, il tourne un film sur Joseph-Samuel Farinet, dit le Robin-des-Bois arpitan. Barrault, qui ressemble à l'original, interprête Farinet. Mais je n'ai pas trouvé trace du film, si ce n'est la mention du titre, Farinet ou l'or dans la montagne, et d'une actrice, Suzy Prim. En cherchant mieux, on trouve des fiches : le fim serait de Max Haufler. Ramuz consacre un roman à Farinet, d'autres amplifient la légende. Et Barrault se « sent » très Farinet.
Mais revenons à la vigne, cédée par Barrault à l'abbé Pierre puis par son œuvre au Dalaï Lama (propriétaire depuis 1906).
Barrault fait ériger une croix au dos de l'église locale à la mémoire de Farinet. François Nourissier, dans sa nécrologie pour Le Figaro, écrit : « Barrault était un cep ». C'est fort bien vu. Noueux, généreux, tenace.

Au pied de ses trois ceps, il aurait dit aux habitants : « on est tellement bien ici que j'ai l'impression que c'est moi qui vous reçois… ».

Un second film, pour la télévision cette fois, d'Yves Butler, sera consacré à Farinet en 1995. À l'affiche, une certaine Isabelle Renauld, qui interprète la Joséphine que campait Suzy Prim. Aucune parenté entre Isabelle et Madeleine Renaud, mais l'euphonie est plaisante.

Or donc, si vous avez des souvenirs de Jean-Louis Barrault dans, par exemple, Les Enfants du Paradis (Carné, 1943), ou La Nuit de Varennes (1982, Ettore Scola), ne vous réfrénez pas : commentez. Et si dans cette rubrique vouée au grand écran vous commentiez à propos du comédien de théâtre, du metteur en scène ou de l'homme, on n'en vous en voudra surtout pas.

jean_louis_barrault_lipnitzki.png