Après l'Iran et l'organisation de la conférence islamique (OCI), c'est au tour du Pakistan de protester contre la parution d'une caricature dans un journal de Suède représentant Mahomet avec un corps de chien, convoquant un diplomate suédois. Selon les services des affaires étrangères pakistanaises, la caricature serait "blasphématoire" envers Mahomet.

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Outre les protestations, le ministère des affaires étrangères pakistanais affirme regretter que "la tendance de certains Européens à mélanger la liberté d'expression et l'insulte directe et délibérée de quelque 1,3 milliard de musulmans dans le monde est en hausse", et explique qu'avec l'OCI seront menées des consultations pour des actions futures contre la répétition des tels publications "provocatrices". Le secrétaire de l'OCI qualifiant lui aussi le dessin de blasphématoire, réclame au gouvernement suédois des sanctions envers le journal et le dessinateur, en exigeant des excuses de Stockholm, et il ajoute aussi: "C'était un acte irresponsable et méprisable, ayant des intentions mauvaises et provocatrices au nom de la soi-disant liberté d'expression. Il avait pour seul but d'insulter les musulmans et d'attiser leurs sentiments", appelant dans le même temps les fidèles à la retenue et au calme. L'Iran aussi s'est voulu nuancé, et ne cherche pas une franche confrontation.

Malgré les ballets diplomatique, pour un obscur dessin de mauvais goût dans un petit journal suédois, l'on devine qu'il ne s'agit que de protester pour la forme. Après l'Iran l'OCI ne pouvait pas moins faire que de protester à son tour, et le Pakistan a aussi des problèmes internes qu'il faut masquer à sa population. Pourtant une dérobade de la diplomatie suédoise serait fort malvenue pour les libertés de ses citoyens. En effet, une poignée d'extrémistes est allé défiler en Suède, soixante personnes en tout, et il serait dommageable que le gouvernement cède face à des extrémistes, leur donnant par là-même raison. Le diplomate suédois aurait déclaré selon le ministère pakistanais qu'il "partageait pleinement le point de vue de la communauté musulmane" et a qualifié la publication de la caricature de "malheureuse", sans que pour le moment cela ne soit confirmé par le gouvernement suédois. Une nouvelle manifestation musulmanne est prévue ce 31 août.

Toute la question n'est pas seulement de savoir si les journalistes peuvent caricaturer, mais aussi de savoir si les citoyens sont tenus de respecter les interdits des religions ou des autres cultures. Il en a été de même lorsque le port du voile a été interdit dans les écoles françaises. Les jeunes femmes qui ne souhaitent pas le porter y seront-elles tenues demain, parce que le gouvernement ne veut offenser personne? C'est un droit dans nos sociétés démocratiques que de pouvoir caricaturer, et il serait du plus mauvais effet que le gouvernement suédois se donne l'air de revenir sur cet état de fait: nos libertés d'expression ne dépendent pas des gouvernements étrangers et ne sont pas négociable, même lorsqu'une caricature est grotesque, en outre nous ne sommes pas concernés à titre individuel par des croyances qui ne sont pas les nôtres. Personne en revanche n'est obligé d'ouvrir un journal particulier qui ne correspond pas à ses goûts. Rappelons nous que l'Arabie Saoudite interdit sur son territoire le port de la croix ou de la kippa, y compris sur ses lignes aériennes, et qu'elle jette en prison les non musulmans se trouvant à la Mecque.

Lors de l'affaire des dernières caricatures danoises, des barbus extrémistes défilaient dans les rues de certains pays, martelant que l'islam est une religion de paix de tolérance et d'amour, en jetant des pierres sur des ambassades, en brûlant des effigies et des drapeaux sur la place publique, en vociférant et hurlant. Stockholm ne doit pas céder et affirmer que les Suédois ne sont pas assujettis à d'autres règles qu'à ses propres lois, qui permettent aujourd'hui de se moquer de Mahomet, de Moïse, de Bouddha ou de Jésus… sans quoi elle ouvre la porte sur son territoire à des débordements avec ses propres extrémistes.