Dans le cochon, tout est il bon ?

Réaliser dans ce XXIème siècle qui se prend définitivement bien au sérieux à force de regarder son nombril une comédie joyeusement paillarde et libérée des carcans académiques du bon goût (qui ferait bien de prêter un peu plus d’attention à ce qui sort de ses principaux orifices avant de juger) était une entreprise qui méritait au moins de susciter la curiosité et l’intérêt.

D’autant plus que c’est Jean Jacques Annaud himself qui réalise et qui prétend avoir recherché l’esprit des pièces d’Aristophane (petite citation pour ceux qui n’auraient pas eu le plaisir :

« Mais voyons, Pégase, vas-y gaiement ; fais résonner ton frein d'or ; mets en mouvement tes oreilles luisantes. Que fais-tu ? que fais-tu ? Pourquoi baisses-tu ton nez du coté des latrines ? Élance-toi hardiment de terre, déploie tes ailes rapides ; monte tout droit au palais de Zeus ; détourne tes narines du caca, de ta pâture quotidienne. Ohé ! l'homme ! que fais-tu, toi, qui chies dans le Pirée, près de la maison des prostituées ? Tu vas me faire tuer, tu vas me faire tuer ! » Aristophane, La Paix) et qui nous livre un film où nous sommes dès le début avertis qu’il se situe dans un monde merveilleux dont la morale est bien différente de la nôtre.

 

Programme alléchant qui aurait eu le mérite de rappeler […/…]

 


[…/…] à l’Homme moderne qu’il a une bite (ou un vagin au choix) et un cul et qui laissait espérer une suite de paillardises et de fornications débridées plus ou moins contre nature (mais tout contre alors) dans une atmosphère joyeuse de cour de récréation.

Certes, il y a bien José Garcia, l’idiot du village qui se prend pour un cochon qui couche avec une truie mais l’acte en lui-même n’est jamais montré, ensuite il y a José Garcia (toujours le même) qui se fait joyeusement sodomiser par Vincent Cassel en satyre au sens littéraire du terme qui surjoue comme un bouc sous amphétamine et qui se tape des souches quand son copain Minor n’est pas là. Bon ça c’est vrai que c’est rigolo et que ces passages sont de loin les plus réussis du film avec un vent de folie dionysiaque qui souffle au sûrement que Pan dans sa flûte.

Dans le tas, il y a aussi deux trois coucheries de Minor avec la fiancée du poète neuneu du coin (critique du côté apollonien ?) , fiancée qui dès le début du film montre ses seins et ses cuisses à une assemblée de vieux lubriques sans que l’on sache vraiment pourquoi, un avalage de téton, des vieux qui sont constipés, une bite qui se dresse fièrement en ombre chinoise et des personnages qui parlent crûment d’érection et de chier.

 

Et ben mes pauvres amis si c’est en ça que consiste l’évocation d’un monde libéré de nos barrières morales, c’est qu’on vit vraiment dans une époque aussi chaste que le cul d’une nonne (encore que il ne faut pas se fier aux apparences et comme dirait ma mère qui sait de quoi elle parle : c’est souvent les plus sages qui en font le plus) où il suffit vraiment d’un rien pour choquer le péquin moyen.

Je sais bien que ça n’a rien à voir avec Aristophane mais je ne résiste pas au plaisir de vous citer mon vieux copain le marquis de Sade (et non pas de Stan) et sa philosophie dans le boudoir pour vous donner un exemple de véritable affranchissement des contraintes de la morale et du bon goût :

 

« Toujours docile aux passions de celui qui le meut, tantôt il se niche là (elle touche le con d'Eugénie): c'est sa route ordinaire… la plus usitée, mais non pas la plus agréable; recherchant un temple plus mystérieux, c'est souvent ici (elle écarte ses fesses et montre le trou de son cul) que le libertin cherche à jouir: nous reviendrons sur cette jouissance, la plus délicieuse de toutes; la bouche, le sein, les aisselles lui présentent souvent encore des autels où brûle son encens; et quel que soit enfin celui de tous les endroits qu'il préfère, on le voit, après s'être agité quelques instants, lancer une liqueur blanche et visqueuse dont l'écoulement plonge l'homme dans un délire assez vif pour lui procurer les plaisirs les plus doux qu'il puisse espérer de sa vie.

Eugénie — Oh! que je voudrais voir couler cette liqueur!

Mme de Saint-Ange — Cela se pourrait par la simple vibration de ma main: vois, comme il s'irrite à mesure que je le secoue! Ces mouvements se nomment pollution et, en terme de libertinage, cette action s'appelle branler.

Eugénie — Oh! ma chère amie, laisse-moi branler ce beau membre. »

Sachant que dans ce beau livre, ils se livrent à ces jeux érotiques en famille avec une gamine qui n’et certainement pas majeure, on se dit que c’est quand même entre chose.

Sans faire preuve de mauvais esprit, on se rappellera des films de Max Pécas (s’il avait tourné « Mon Curé chez les Grecs antiques » que cela aurait il donné ?) ou plus illustre : « La Grande Bouffe », œuvre paillarde, sublime et provocatrice qui mêlait avec un sens rare de l’équilibre les pulsions de vie et de mort, le grotesque et la tragédie.

Quant à la représentation libre du sexe sous toutes ses formes, le récent « Shortbus » en donnait un très bon exemple.

 

Sur le plan de sa liberté, « Sa Majesté Minor » apparaît donc plutôt comme un film 100% gaulois avec l’esprit d’Astérix qui n’est jamais loin dans la représentation de ce petit village dont les membres rotent, mangent, baisent et se disputent sur des conneries avec la même emphase franco française et qui m’évoque un cinéma décomplexé et bien franchouillard genre « Faîtes la queue comme tout le monde » datant des années 80, le casting aidant.

J’ai même eu parfois la triste impression que dans tous les dialogues un peu cochons (pardonnez moi), les acteurs débitaient leur texte à toute vitesse comme s’ils avaient honte de proférer de telles cochonneries licencieuses, y compris Cassel en satyre ce qui est quand même le comble.

(Ex : l’emploi du mot phallus par Garcia, pratiquement inaudible).

 

 

Ceci dit, il y a de très belles choses dans « Sa Majesté Minor » : cet orgasme qui fait fuir les loups, ce rêve halluciné qui trouve son écho dans le mode mythique, cette discussion invraisemblable la tête à l’envers au bord d’une falaise et une scène de folie puis de fuite nocturne qui évoque un peu la déchéance du roi Lear (bon ok, j’exagère peut être un peu).

 

Mais le principal problème de « Sa Majesté Minor », c’est qu’on ne sait pas trop où il veut en venir.

Conte philosophique, légende merveilleuse, récit paillard, film sur les ravages du pouvoir (j’ai un moment cru que c’était une métaphore sur l’ascension de Sarkozy), autant je suis contre l’étiquetage forcené des œuvres et des hommes mais il faut bien trouver un fil rouge narratif auquel se raccrocher aussi ténu soit il.

D’autant plus et ce qui n’arrange rien, le film est pétri de brusques retournements scénaristiques auxquels aucune justification n’est apportée : revirement du cocu (il devient le meilleur pote de celui qui couche avec la femme qu’il aime éperdument pourquoi ?), folie soudaine de Minor (pourquoi cherche t’il à sodomiser Clytia sans raison apparente), insistance sur l’histoire de la barque dont on attend qu’elle débouche sur quelque chose de plus consistant mais que dalle, révélation saugrenue de la métamorphose de la mère (soudain le cochon parle !) qui ne change pas grand-chose et pour terminer sur un final absolument anti climatique au possible.

 

Mais je dois admettre qu’il y a quelque chose de joyeusement frais dans ce bordel. Une espèce de volonté de déstabiliser tout le monde et d’envoyer chier toutes les convenances cinématographiques ou autres.

Selon votre état d’esprit, ça peut être excessivement provocant, très chiant, ou joyeusement bordélique mais un peu raté quand même.

Mais au moins, ça a le mérite d’être radicalement autre.

Alors de l’art ou du cochon ?

Juliette chantait : « Si dans le cochon, tout peut nous paraître bon/ Dans l’homme, non »

Vous êtes avertis maintenant, c’est vous qui voyez.

Retrouvez les textes plus ou moins paillards de Stanislas sur :

http://www.du-cote-de-chez-stan.com