L’ami de la famille Bush (en particulier de G. W. Bush aux deux mandats successifs catastrophiques) est en passe de faire passer les Françaises et les Français pour des électeurs républicains étasuniens à l’étranger. Même si les sondages le donnant devant ou derrière François Hollande se contredisent, la France sarkozyenne donne le ton à l’étranger : c’est celle des tea parties aux États-Unis. Le Wall Street Journal titre sur « Nicolas Le Pen », le crédite d’un rare cynisme, et The Telegraph souligne l’incohérence, à revirements multiples, du président-candidat…

Il n’est plus tout à fait sûr qu’une majorité de Français donnent leurs voix aux candidates et candidats de l’UMP lors des prochaines législatives. Ils pourraient être retenus par la peur du ridicule s’ils fréquentent des gens hors de leurs milieux d’expatriés.

« Même au vu des us locaux, la récente saillie xénophobe du président français témoigne d’un rare cynisme », estime The Wall Street Journal qui titre sur « Nicolas Le Pen ». On se demande si Monsieur Sarkozy est encore capable de comprendre que son cynisme le conduit là où il se trouve, conclut l’éditorial du quotidien financier nord-américain. Cela reflète la sortie du porte-parole des libéraux au parlement européen, le Belge Guy Verhofstadt qui s’est demandé « qui est le candidat de l’extrême-droite en France, Le Pen ou Sarkozy ? ». L’Autrichien Hannes Swoboda s’est aussi demandé s’il devra montrer son passeport pour revenir siéger à Strasbourg.
La presse bulgare et roumaine s’interroge aussi sur cette volte-face du candidat alors que le président ne s’opposait plus à l’entrée de leurs pays respectifs dans l’espace de Schengen.

Il y a les déclarations officielles à l’extérieur du président, et les discours à destination interne du candidat…

Incohérence

Les sondages français se contredisent (pour certains, Hollande serait stable, pour d’autres, il viendrait d’être dépassé d’un demi-point par Sarkozy) mais les observateurs étrangers considèrent toujours que le président sortant est en perte de vitesse. Ils ne veulent pas croire que les Françaises et les Français se laissent si facilement abuser.

Dans leur chronique économique, Andrew Trotman et Amy Wilson, du Telegraph, s’étonnent. Certes, ils conçoivent très bien, comme le ministre allemand des Finances, que la crise de la zone euro soit, à 50 % de chances, derrière les citoyens des 17 pays ayant adopté la monnaie unique. C’est ce que clame, encore plus alarmiste, le Sarkozy de voici très peu, relèvent-ils, qui dit craindre l’éclatement de l’euro à présent, alors que celui de naguère se posait en président protecteur qui avait déjà tout réglé. Qui croire ? Certainement celui qui ne voit qu’une solution pour retrouver de la compétitivité : alléger le poids des coûts salariaux. On comprend que la CGT, plus au fait de ce qui se trame dans les ministères que d’autres, ait appelé franchement à battre Sarkozy et l’UMP.

The Telegraph poursuit : « il accuse à présent l’Europe de n’avoir pas de vision politique » après s’être targué d’une vision commune avec les principaux chefs d’État conservateurs du continent.

Les déclarations de Nicolas Sarkozy apparaissent pour ce quelles sont : des promesses qui ne seront pas plus tenues que celles de 2007. Et surtout un effort pathétique pour grignoter des voix à Marine Le Pen et à quelques actuels ou anciens candidats souverainistes.

L’Europe et le monde haussent les épaules mais s’alarment cependant d’un président qui aurait accepté de l’argent des Kadhafi avant de les faire bombarder. Divers titres étrangers ont relevé que, sur la question, Nicolas Sarkozy s’était bien préservé de démentir formellement. Il a laissé entendre qu’il n’était au courant de rien et qu’il ne pensait pas que d’autres aient pu faire financer sa campagne par les Kadhafi sans l’en avertir. La méfiance vaut aussi à l’encontre d’un président qui veut faire fourguer par Areva et EDF des centrales nucléaires qui ont fait exploser leurs budgets prévisionnels et sont quatre ans en retard sur leur date d’entrée en service : « devrons-nous payer pour un French nuclear loser, » s’inquiète-t-on dans The Guardian.

Emmanuel Todd, dans « Le Journal de Ruth Elkrieff » (BFM TV), à propos de la presse française et des déclarations de Nicolas Sarkozy s’est exclamé « mais comment les journalistes peuvent-ils encore prendre tout cela au sérieux ? ». Ils se sentent au moins contraints, pour la plupart, de faire semblant. Ce n’est pas le cas des correspondants de la presse étrangère en France.

Le discours de Villepinte a été très mal accueilli par le Frankfurter Algemeine Zeitung qui met en relief la duplicité du candidat. La plupart de la presse allemande y voit une grossière manœuvre. Le Financial Times, qui pourtant soutient, pour des raisons évidentes, le candidat Sarkozy, n’a pu que faire état d’une « poussée populiste » qu’il espère purement tactique.

Pour l’Espagnol El Pais, il s’agit simplement de « voler des voix au Front national. ». La Stampa n’accorde d’ailleurs aucune foi à de fumeuses promesses destinées à ne pas être suivies de véritables effets : la position officielle de la France, dans les instances européennes, n’a absolument pas varié au cours des cinq dernières années.

Le Super-Menteur passe à l’étranger pour ce qu’il est : un fumiste prêt à tout pour se faire réélire.

Mais Le Figaro tente de faire valoir que la presse financière anglophone serait pour le candidat Sarkozy. Elle se fonde surtout sur les opinions avancées à propos de François Hollande, qui n’avait eu, comme G. W. Bush, un père président, et ne dispose pas d’un bagage ministériel. Effectivement, The Economist voit aussi en Sarkozy un « animal politique ».
Le Financial Times craint aussi que « le candidat socialiste risque de mettre en pratique ce qu’il dit. ». Ce qui sous-entend que le candidat UMP ne fera que poursuivre sa politique antérieure.

Mais même Le Figaro consigne que The Economist conclut : « après cinq années décevantes, qui peut le croire ? ». Pour la presse financière, pourtant choquée par le style du candidat, ses lubies et ses approximations, voire contre-vérités manifestes, Sarkozy reste sans doute le moins pire des choix car elle ne croit pas à une véritable montée en puissance de Bayrou.

pacte budgétaire

En fait, avec l’assentiment de Sarkozy, il a été tenté de se débarrasser de Michel Barnier, pourtant nommé à la Commission européenne en tant que commissaire au Marché intérieur et aux services avec tout l’appui de l’Élysée. Ancien député et ministre UMP, il reste trop gaullien aux yeux de l’entourage du candidat Sarkozy, et surtout trop volontariste en matière de régulation de la finance. D’où des intrigues pour le substituer à Catherine Ashton aux Affaires étrangères, poste où la marge de manœuvre individuelle est quasi nulle.

Selon le Financial Times, il aurait fallu renoncer à ce tour de passe-passe de crainte de voir le Parlement européen désavouer la Commission.

La promesse sur Schengen fait penser à tant d’autres de la campagne de 2007. Pour La Stampa, Sarkozy n’a absolument pas dit qu’il restaurerait les contrôles aux frontières. « S’il est réélu, il trouvera probablement le moyen de faire marche arrière, exactement comme il le fit en 2008, lorsque d’eurosceptique il devint père de l’Europe en l’espace d’un été. », conclut Marco Zatterin.

Super-Menteur choque et indispose, mais pour le reste, les observateurs étrangers estiment qu’il ne changera fondamentalement jamais. Il n’y a que des Françaises et Français pour y croire (ou faire de même semblant), et après tout, le ridicule ne tue pas.