« Amusante » la bureaucratie vue de Roumanie. Le casse-tête des inscriptions universitaires, dont les formalités sont à renouveler à chaque changement de cycle, impose un passage obligé : le birou notarial, l'étude du notaire, quand le parcours ne nécessite pas en sus l'étape au bureau de traduction agréé.

 

 

« Autentificare, redactare, certificare, legalisare inscrisuri… » et consultation, soit authentification, rédaction d’actes, certification, &c. Voici ce que propose le birou notarial (étude, en roumain) de Me Cutare Cutarescu (Martin Tartempion) dont le panonceau, sous la devise Lex, Pacta (loi, convention et accords sous seing privé), rappelle coordonnées, téléphone et courriel. Le notariat, présent dans quinze pays sur les 27 de l’Union européenne, est omniprésent en Roumanie.

 

Autant que les traducteurs légaux, qui ne sont pas ici forcément des traductrices ou traducteurs agréés par des tribunaux, mais des ex-étudiant-e-s en langues ayant acquitté un droit d’exercer à l’issue d’un examen. Pratiquement tout ce qui n’est pas écrit en roumain « exige » d’être traduit pour faire valoir ce que de droit. C’est particulièrement intéressant dans la mesure où, dans ce pays, énormément de documents sont rédigés dans les langues hongroise, serbe, allemande, largement pratiquées dans diverses provinces et régions administratives. De plus, du fait de l’immigration massive, dans l’U.E. principalement, une masse estudiantine doit tenter d’obtenir l’équivalence de divers diplômes délivrés dans divers pays européens.

 
Or, si elle fait partie intégrante de l’Union depuis janvier 2007, la Roumanie ne s’est pas départie d’habitudes bureaucratiques aussi enracinées que lucratives. En témoignent les procédures d’inscriptions universitaires. Pour chaque entrée dans un cycle supérieur, même dans la même université de la même ville, une masse de documents doit être rassemblée et fournie.

Qu’importe s’ils sont déjà quelque part dans l’université. Vous passez au cycle supérieur, c’est la course aux signatures des professeur-e-s. Et vous devez de nouveau fournir une copie authentifiée de votre extrait de naissance : prouver que vous êtes bien la même personne qui s’est inscrite en premier, en second, en troisième cycle si vous envisagez le doctorat. Bref, que vous êtes encore vivante et authentiquement vous-même, tant bien même seriez-vous par ailleurs employée par l’Université en question.
En France, les extraits de naissance sont envoyés gratuitement et une photocopie signée de votre main et portant la mention « certifiée sur l’honneur conforme à l’original » suffit dans la plupart des cas. Joindre une photocopie de votre carte d’identité ainsi paraphée sert à « ce que de droit » devant un tribunal, pour un service administratif. En Roumanie, il faut payer pour la moindre photocopie destinée à une administration quelconque, à une université, fusse-t-elle privée.
Pour faire valoir ses capacités à suivre des cours de langue française (entre autres), un-e étudiant-e roumaine peut vouloir produire la photocopie de son DALF (Diplôme approfondie de langue française, C1 ou C2, conformes au « cadre européen commun de référence pour les langues depuis le 1er septembre 2005 »). Le français, comme le roumain, est une langue officielle de l’Union européenne, mais il n’est pas possible de produire une photocopie certifiée conforme d’un diplôme de ce type sans qu’il soit entièrement traduit par un traducteur roumain agréé par l’état roumain.
Car les machines à photocopier des études roumaines pourraient produire à l’occasion de fausses photocopies dès qu’il s’agit de documents rédigés dans une autre langue que le roumain. Par exemple, si vous photocopiez un billet de banque libellé en euros et en grec, la machine peut peut-être produire une photocopie de faux billet. Par exemple encore, si vous photocopiez un cadran de montre mentionnant « water resistant », il faut que ce soit traduit en roumain. Seule la traduction par un bureau de traduction pouvant apposer son tampon de certification permet d’obtenir une photocopie certifiée conforme.
« C’est pour nos archives, » nous a affirmé un clerc de notaire auquel nous faisions part de notre étonnement. Lequel, du moment que la procédure est respectée, n’ira sans doute pas voir plus loin. Que la montre soit une imitation ou une contrefaçon, que le diplôme produit soit plus ou moins trafiqué importe peu. C’est plus fiable que la photocopieuse de l’étude. Car si vous ne lisez pas la traduction certifiée conforme à la photocopieuse avant de poser le document sur la vitre et d'appuyer sur le bouton, elle peut possiblement produire n'importe quoi. En fait, l'essai n'a jamais été fait : aucune photocopie n'est jamais faite sans traduction préalable. Car, c'est sûr, une telle opération pourrait la dérégler encore pire que ce que l'on soupçonne…
Le DALF, tout comme le TOEFL étasunien, et quelques autres diplômes du même genre, sont archi-connus des services administratifs des universités roumaines. Qu’importe. Une simple photocopie réalisée publiquement dans l’université même ne saurait être jointe au dossier universitaire. Et si des membres du personnel, titulaires de l’agrément et détenteurs du fameux tampon pour telle ou telle langue peuvent – charitablement – l’apposer sur la traduction fournie par celles et ceux s’inscrivant, aucun notaire n’est convié dans les locaux universitaires lors des périodes d’inscription.
La Roumanie reste, paraît-il, un pays francophone et l’Agence universitaire de la Francophonie (A.U.F.) fournit des bourses à des étudiantes et étudiants provenant de pays francophones pour étudier en Roumanie. J’imagine que la France et la Belgique et le Québec (et Monaco, donc) devraient suivre l’exemple de la Roumanie. Et fournir aux traductrices et traducteurs de ces pays de quoi facturer des traductions de diplômes. Un DALF ou un DELF obtenu en Belgique devrait être traduit en français de France, et inversement. C’est ainsi qu’on réconciliera, à défaut des citoyennes et citoyens, les traductrices et traducteurs européens avec l’Europe.