Réalisateur : Jean-Marie Poiré

Date de sortie : 6 avril 2016

Pays : France

Genre : Comédie

Durée : 110 minutes

Budget : 25 millions de dollars

 


Casting : Jean Reno (Godefroy de Montmirail), Christian Clavier (Jacquouille/Jacquouillet), Franck Dubosc (Gonzague de Montmirail), Karin Viard (Adelaîde de Montmirail), Sylvie Testud (Charlotte Robespierre), Marie-Anne Chazel (Prune), Ary Abittan (Lorenzo Baldini), Alex Lutz (Robert de Montmirail)

 

Godefroy de Montmirail et cette fidèle fripouille de Jacquouille sont bloqués en 1793 alors que la Terreur gronde. Les nobles perdent leur tête perruquée et poudrée, le sang coule et la une purge par le haut de l’Etat terrifie le reste de l’Europe. Parallèlement, en 1124, époque d’origine des deux compères, l’heure est grave pour Godefroy. Cela fait des semaines qu’il a disparu, tout le monde dit qu’il est malade pour cacher la réalité, s’adonner à des actes de sorcellerie est mal vue en ces temps reculés. Le roi Louis VI Le gros exaspéré, lui pose un ultimatum. S’il ne se présente pas à la convocation de l’ost, le fier chevalier perdra noblesse, terres et château. De plus, chaque semaine passée dans les couloirs du temps fait vieillir leur corps anormalement.

Cet article ne suivra pas le mouvement quasi unanime qui condamne au bûcher ce troisième opus. Les critiques sont destructrices, elles agissent comme des révolutionnaires barbares qui jettent à l’échafaud ce qu’elles ont aimé des années plus tôt. Pensaient-elles réellement voir un chef d’œuvre ? Si tel est le cas, la déception est probante et leur jugement se comprend. Toutefois si on en attend rien, aucune exigence, le film est un bon divertissement. Car cela fait plaisir de retrouver ces 2 compères après 18 ans d’absence à l’endroit même  où on les avait laissé en 1998. Pas exactement pareil car ce saut dans le temps a bien sur eu un effet sur le physique des acteurs, le ventre de Jacquouille s’est bien arrondi tandis que les traits du visage de Godefroy sont plus fatigués. Autre époque, autre génération d’acteurs, exit Muriel Robin, Claire Nadeau ou Christian Bujeau, l’équipe du film s’est vue rajeunir. Même si on retrouve Marie Anne Chazel  toujours de la partie aux côtés du pilier Clavier-Reno.

Les nouveaux venus sont assez convaincants pour être crédibles. Ary Abittan est sympathique en nobliau qui en fait des pataquès à chaque fois qu’il se présente, Karin Viard est pertinente en comtesse odieuse et ambitieuse, pas sa meilleure interprétation mais l’ensemble est correct, tout comme Alex Lutz en héritier précieux à la voix nasillarde quelque peu énervante, Franck Dubosc le charmeur, homme à femmes, noble mal dans sa peau, opportuniste, pathétique car il néglige le prestige de sa famille pour s’accorder les faveurs des députés qu’il n’obtient pas, puis il y a Sylvie Testud, pas très expressive en sœur de Robespierre mais avec un frère pareil, elle n’a pas été gâtée. Une distribution nombreuse donc, mais mal gérée, certains personnages disparaissent complètement et font leur réapparition d’un seul coup pour mieux s’évaporer ensuite.

LesVisiteurs 3 font rire mais rien de révolutionnaire. Les blagues sont assez semblables à celles des deux premiers films. Elles ont pour sujet l’haleine, les pieds qui puent, des objets mal utilisés (le bol rempli de poudre pour le visage et le peigne), les quiproquo parfois déroutants pour présenter ces deux invités défiant l’entendement, les malentendus sur le nom de Jacquouille et Jacquouillet, la fascination de le « couille » et la répétition beuglée de mots nouveaux. Les « okay » et « dingue » font place à "Hourra"et à "citoyens", "citoyennes ». Tout comme le "certes" de Montmirail, qui lui permet de sortir de situations cocasses. Là il y a une touche de Kaamelott  où Perceval répétait son "c’est pas faux", une arme pour paraître moins bête. De l’illustre série d’Alexandre Astier, il y a aussi sa mère et l’interprète du paysan Ghéthenoc, fragments arthuriens perdus dans cette aventure. Le film use d’effets visuels pour souligner son aspect comique, ce n’est pas une nouveauté, ici c’est le pus du nez de Jacquouille ou la perruque de voyage de Karine Viard.

Les visiteurs ce n’est pas seulement de la comédie, c’est également de l’aventure. Une course contre la montre face à des ennemis extrémistes passionnés par leurs idéaux cruels. Car le fond du film est dramatique, l’une des pires périodes de notre histoire où des charrettes remplies de condamnés passaient dans la rue pour se faire guillotiner. Un massacre cautionné, accepté, par la peur de suivre la même voie en cas de désapprobation avec le tout puissant Robespierre. Le scénario ne valorise ni les nobles ni les révolutionnaires, tous sont humains et coupables de petites avarices et de vanité.

Scénaristiquement, l’architecture est plus ou moins calqué sur celui de ses mémorables aînés, on retrouve les grandes lignes. Le rythme reste nerveux, les scènes s’enchaînent vite, parfois en quelques secondes on passe d’un dialogue à un autre, d’un lieu au suivant tout en restant dans le même continuité. Musicalement, c’est toujours une réussite. Peu de chance de s’y perdre car les musiques sont connues, réarrangées mais les notes restent. Les visiteurs 3 ont un amer goût de déjà vu, mais après tout une révolution n’est elle pas une rotation sur soi-même pour revenir au même endroit ?