L’envie de témoigner de mon quotidien en tant qu’éducatrice spécialisée auprès d’enfants en grande souffrance psychique…

L’envie de toucher l’âme et le coeur des lecteurs que je remercie à l’avance …

L’envie de semer quelques graines d’humanité dans ce monde de brutes …

 

 

" C’est pas moi  c’est l’autre " disent-ils pris la main dans le sac, pris en flagrant délire …

On dirait que Michel est envoûté !

La moindre frustration déclenche des crises d’une grande violence verbale et physique … un visage déformé, des hurlements de fous, un fiel démoniaque …

L’autre devenant l’ennemi à détruire, il est impossible de le rassurer ni de le contenir ; l’adulte ne peut que le protéger des coups qu’il ne manque pas de retourner contre lui.

Après l’explosion, il lui faut du temps pour récupérer et se retrouver, mais c’est le seul moment où il peut enfin se laisser aller au maternage nécessaire pour l’aider à recoller les morceaux.

Lors de chaque colère, Michel hurle sa haine contre ses parents " abandonneurs d’enfants " comme il les nomme. L’expression est brute et violente, à la mesure de la colère taboue et refoulée …

A force de crises, Michel a finit par vider suffisamment de colère pour pouvoir entendre et dire plus facilement son histoire.

Il s’agit de l’aider à sortir de sa situation de victime et à revaloriser son image, en lui proposant des situations où il peut réaliser et réussir des projets personnels …

Même si les crises sont moins fréquentes et moins violentes, Michel supporte encore difficilement la frustration et se cache derrière son sort de pauvre petite victime chaque fois qu’il est pris en train d’insulter ou de frapper un ennemi potentiel … " C’est pas moi, c’est lui qui a commencé…"

Si Michel n’est évidemment pas responsable de l’attitude maltraitante de ses parents, il n’en est pas moins responsable de son propre comportement ; cette remarque a un effet contenant et calmant, elle fait réflexion sur Michel qui parvient de plus en plus à se maitriser.

Et chaque fois il gagne un peu plus de confiance en lui et annonce fièrement " T’as vu, il m’a craché dessus et je l’ai pas tapé ! "

 

Chaque enfant en violence est un enfant en souffrance, chaque enfant en rupture est un enfant terrorisé, chaque enfant envahi de terreur face à son enfer intérieur est comme un animal sauvage à apprivoiser …

J’ai envie de parler d’autres de mes petits protégés … pour que vous les apprivoisiez vous aussi

Alors à bientôt !