Madâme. Impossible conversation. Le titre résume à lui seul le contenu du livre. « Madâme », avec un accent circonflexe, comme pour signaler la préciosité de la personne. « Impossible conversation », pour témoigner du difficile travail de l’enquêteur.
Madâme n’est pas un portrait de la première dame de France. Né par défaut suite au refus de Canal Plus de diffuser le documentaire, l’ouvrage raconte le travail d’investigation du journaliste indépendant John Paul Lepers. Et visiblement, son exercice ne fut pas facilité par l’entourage présidentiel.


John Paul Lepers se défend pourtant : son sujet ne s’intéresse pas à la vie privée de la première dame de France, ni même aux Affaires, mais à la « femme publique, élue de la République depuis 1971 et présidente de la fondation Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France ». John Paul Lepers qui réalise un reportage sur Bernadette Chirac sans rechercher « la petite bête »… l’intention fait sourire, malgré toute la bonne volonté qu’affiche le journaliste dans son livre.

Qu’il souhaite portraiturer à charge ou à décharge la femme du président, qu’importe finalement ! Le bât blesse avec les entraves à sa liberté d’exercer. Des entraves certes plus ou moins directes, mais des entraves. Difficultés pour interviewer Bernadette Chirac, pour interroger amis ou témoins, ou pour filmer certaines scènes. Ainsi, John Paul Lepers, qui connaît la conseillère en communication de Bernadette Chirac, peine à obtenir son agenda. Anne Barrère ne l’informe pas. Et lui de devoir anticiper les événements. De même, les péripéties engagées pour réussir à filmer le château de Bity, résidence corrézienne des Chirac, font sourire.

Malgré ces obstacles, John Paul Lepers avance dans son enquête. Et commence à découvrir quelques relations entre le statut privilégié de femme de président et celui de femme publique. Le premier favorisant souvent la cause du second, du maintien d’une classe en Corrèze au concert de Johnny Halliday en passant par l’arrivée du Tour de France à Sarran. Par ailleurs, si Bernadette Chirac multiplie les interventions dans des associations diverses, Madâme montre comment elle utilise cette notoriété à titre personnel. Le récit d’une pose photo inaugurale à l’hôpital de Rambouillet, avec cette conseillère régionale qui essaie de se glisser dans le champ, est révélateur. Alors que la Région a accordé beaucoup plus de subventions que la fondation Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France, c’est Mme Chirac qui figure au centre des objectifs.

Il peut arriver au lecteur de douter lorsqu’il découvre ce genre de scènes. Il sent que la subjectivité exagère certaines situations. Sauf que John Paul Lepers possède un documentaire (actuellement en vente en dvd) qui peut justifier – même monté­­- la réalité de tout écrit. Une bouée de sauvetage qui rend plus crédible sa narration. Et son travail d’enquête par la même occasion.

 

John Paul Lepers, avec Thomas Bauder, « Madâme. Impossible conversation », Paris, Privé, 2006, 298 p.